RÉFERENCE
RÉFERENCE

Les ateliers

Les ateliers

Hugo Bonnet

L’arrière-cour

L’arrière-cour

Antoine Manzano

La proue

La proue

Manon Mrozek

Fuir ou Rester, habiter le monde post-covid

Laora Congestri et Valentin Chaput – Soliman Nessa et Florie Pineau

FUIR OU RESTER,

HABITER LE MONDE POST-COVID

Karlsruhe et la vallée de Pfinz, supports de nouvelles manières d’habiter

Crise sanitaire et enjeux contemporains

 
Dans le courant du mois de Mars 2020, la majorité de la population mondiale a subi une crise sanitaire inédite plongeant chaque individu dans un confinement inattendu. Cette pandémie a contraint chacun à des mesures de protection, mais aussi à des méthodes de travail nouvelles.
 
L’Homme s’est alors retrouvé enfermé chez lui. Ne pouvant sortir, selon la législation en vigueur du pays, qu’en ayant rempli une autorisation. Dans cette situation, les supports technologiques ont permis d’entretenir nos relations, de poursuivre notre travail et de sauvegarder notre économie. Cette crise a redéfini en un temps record nos relations sociales, mais aussi nos rapports aux espaces et nos mouvements.
 
À l’échelle de nos vies, cette crise est apparue pour certains comme une attente trop longue, un étouffement, une solitude, mais aussi une nouvelle façon d’aborder le travail, et même une source de créativité. Pour d’autres, elle constitue désormais une véritable opportunité de ne pas répéter les erreurs du « monde d’avant ». Un espace-temps en marge, dont il faut extraire les enseignements.
 
C’est dans ce contexte que le Pavillon de l’Arsenal préparait sa future exposition « Et demain, on fait quoi? 1 ». Une exposition composée de textes et d’images d’architectes, urbanistes, ingénieurs, designers, paysagistes, étudiants, professionnels de l’immobilier et acteurs de la fabrication de la ville et pour lesquels la crise doit être perçue comme un pli à prendre, un sursaut, une alerte.
 
L’exposition montre que la crise du coronavirus a eu pour effet d’accélérer des mutations dans de nombreux domaines, mais aussi de révéler des failles. Ainsi « les modes de vie urbains, les conditions de fabrications de la ville, tout comme leurs usages, et les façons d’habiter sont brutalement devenus, pour beaucoup obsolètes.2 »
 
Les articles, projets, images, dessins, tribunes… publiés font surgir plusieurs thèmes.  La notion de résilience3 par exemple apparaît comme un sujet majeur dans le futur de nos constructions. Daniel Kaufman4 parle de résilience de nos territoires, Paul Landauer 5 lui met en évidence combien les espaces de stockage déterminent notre capacité à faire preuve de résilience.  
 
Benjamin Cimerman lui, dans son article intitulé « Vers une capacité de transformation collective augmentée » milite pour une ère de l’expérimentation : « Nous vivons dans un monde où le doute, le questionnement et l’incertitude ne sont pas regardés comme des valeurs positives. Un monde hérité de la révolution industrielle, celui de la marche en avant du progrès. Nous gagnerions beaucoup à sortir de cette logique pour entrer dans l’ère de l’expérimentation, qui est intrinsèque à l’architecture ». Dans une autre tribune, « Violence du Rebond », Matthieu Poitevin aborde lui aussi le besoin d’expérimenter les modes de l’habiter : « Il nous faut proposer de nouvelles formes de vie collective qui inventent les lieux d’une vie possible pour ne pas étouffer. ». 
 
La question de la participation citoyenne aussi est abordée.  Francis Landron met notamment en avant qu’il nous faut repenser le monde d’après en intégrant davantage le citoyen, quitte même à ce que ce dernier prenne davantage de place dans la gestion de sa collectivité.  
 
Enfin, comme le souligne le collectif Arte Charpentier Architecte, la crise a rendu les petites villes désirables par leur échelle mesurée et leur lien direct avec la nature. Elles semblent faire l’objet de convoitises d’urbains en mal de campagne. L’attrait d’habiter dans une maison semble également peser dans la balance. Mais comment concilier cette envie sans accentuer l’étalement urbain ? 

1 – L’exposition d’abord virtuelle durant le confinement s’est depuis réalisée. On pouvait y consulter les articles sélectionnés par le Pavillon sur la crise. https://www.pavillon-arsenal.com/fr/et-demain-on-fait-quoi/

2 – Ibid

3 – Ce terme est actuellement en vogue dans les domaines de l’aménagement. Popularisé par la psychologie mais appliqué dans de multitude de domaines, le terme désigne la capacité d’un système à surmonter une altération de son environnement. En l’espèce il renvoie à l’identification de risques écologiques, économiques ou sociaux que le territoire est censé prévenir et en définitive résoudre ou dépasser. https://www.sciencespo.fr/

4 – Kaufman D., 2020, « Demain au-trement ? », Et demain on fait quoi ?, https://www.pavillon-arsenal.com/fr/et-demain-on-fait-quoi/11567-demain-autrement.html

5 – Landauer P., 2020, « Le grenier et la tombe », Et demain on fait quoi ?, https://www.pavillon-arsenal.com/fr/et-demain-on-fait-quoi/11595-le-gre-nier-et-la-tombe.html

Le Post-covid : scénario de projection. 

 
Au regard des enjeux contemporains que la crise sanitaire a révélé, il nous paraissait intéressant d’anticiper l’évolution d’une aire métropolitaine comme celle de Karlsruhe dans un scénario de crises à répétition. Pour ce faire, nous avons acté une projection à l’horizon de 2050 dans laquelle les crises sanitaires à répétition ont profondément changé les choix et les lieux de vie des habitants. 
 
Dans ce cadre, la question des mobilités – et de l’immobilité – est primordiale et participe à une redéfinition de l’occupation du territoire.  
 
Tout comme durant la crise actuelle, on observe dans notre scénario un phénomène migratoire des populations des villes vers les zones péri-urbaines ou rural. Deux situations se dessinent, l’une située dans l’hyper-centre de la ville, faisant le constat d’une dé-densification et l’autre située en zone périurbaine faisant le constat d’une densification. 

Portrait d’une métropole diffuse  

 
Afin de se donner un support à ces expérimentations, c’est donc vers la ville de Karlsruhe que l’on se tourne. Une fois placée dans ce scénario de crises à répétitions et de fuites, s’intéresser à cette ville allemande nous apparaît comme l’occasion de revoir l’organisation du territoire en fonction de ses caractéristiques. 
 
 
Hors temps de crise, la ville de Karlsruhe est une métropole frontalière composée de 310.000 habitants. En terme démographique, la ville projette une augmentation de 30.000 habitants d’ici 2030.  En réponse à cette densification prévue, Karlsruhe souhaite contenir l’expansion et l’étalement urbain en définissant des aujourd’hui une limite claire à l’emprise de la ville. On imagine alors aisément que la densification prévue sera verticale. Néanmoins, cette évolution démographique de la ville dépend en majeure partie de la politique migratoire allemande. Provenant de pays tels que la Turquie, l’Italie ou encore la Roumanie, on peut supposer que ces migrations cesseront avec le scénario mis en place. 
 
De par sa situation géographique, la ville de Karlsruhe est une métropole frontalière qui, aujourd’hui déjà, est sujette à des mouvements pendulaires très forts et des mouvements de populations caractéristiques du territoire transfrontalier. La ville de Karlsruhe se situe sur un vaste réseau ferroviaire et autoroutier la plaçant au point de rencontre de plusieurs pays européens avec le reste de l’Allemagne. Elle est également tout autant connectée à son territoire proche avec son système de transport très développé sous la forme d’un Tram-train desservant toute la région depuis l’hypercentre. Karlsruhe apparaît alors comme une métropole ultra connectée tant internationalement que localement. 
 
 
 
De par sa connexion à son territoire proche, l’emprise de la ville peut être revue en fonction du Tram-train. On l’a vu, la ville veut limiter son expansion et on observe déjà une densification périurbaine plus ou moins contrôlée le long de ce réseau. Comparable à l’exode projeté, la population de la métropole correspond plus à la somme de ces petites et moyennes villes qui jalonnent le dessin du réseau de Tram-train et propose une connexion forte avec l’hypercentre. Un endroit où s’observe cet exode et cette extension annexe de Karlsruhe correspond aux différentes vallées dans lesquelles s’enfonce le Tram-train. C’est notamment dans la vallée de l’Alb ou celle de la Pfinz que l’on trouve des petites et moyennes villes qui se sont développée en fond de vallée, proche d’arrêt de Tram-train. Ces différents regroupements de population sont aujourd’hui comparables à des extensions directes de Karlsruhe à la manière de quartiers toujours très connectés. 
 
 
 
Ainsi, Karlsruhe apparaît comme une métropole diffuse. En y appliquant notre scénario, à l’échelle internationale, on peut aisément imaginer que cette image pourrait être fortement remise en question. Quant à l’échelle locale, cette image pourrait être seulement altérée.  
 
De ce fait, on pourrait imaginer de renverser la tendance démographique que projette la ville et aller vers une dédensification forte au niveau de l’hypercentre sous la forme d’une fuite de la densité redessinant la ville de demain. Du côté du périurbain, la fuite de la ville, guidée par le Tram-train, trouverait une finalité sous la forme d’une densification d’un nouveau genre, soucieuse des nouveaux questionnements relatifs au scénario. 

Dédensification et densification : deux situations complémentaires 

 
Avec ces fuites que l’on projette sur Karlsruhe et son territoire proche, deux modifications s’observent : la dédensification et la densification. Ces deux modifications deviennent sources de pleins et de vides. Des jeux de soustractions et d’additions apparaissent alors sur deux situations auparavant opposées, mais ici devenues complémentaires : l’hypercentre et le périurbain.  
 
Le scénario ainsi que le caractère singulier de Karlsruhe que l’on décrivait plus tôt (Cf. Ville diffuse et mobilités accrues) dessinent la complémentarité de la ville et du périurbain dans la vision du territoire de demain. 
 
Cet équilibre du territoire en termes de densité de population, qui apparaît comme plus que spéculatif, s’observe pourtant déjà avec la crise actuelle. Depuis début 2020, on peut citer la carte française des présences humaines lors des différents confinements où, les points chauds de densité ont laissé place à une densité diffuse répartie sur le territoire. 
 
 
Afin de se donner un cadre et une approche systématique entre l’hypercentre synonyme de dédensification et le périurbain synonyme de densification, c’est ici que l’on porte notre choix sur deux situations : 
 
 
 
 
 
Pour la première situation située logiquement en périurbain, on part ici du fait que ces mouvements de population ayant pour départ l’hypercentre suivront le dessin du Tram-train comme cela se fait déjà. Leur fin est projetée dans les petites et moyennes villes accrochées au réseau ferroviaire. Dans le scénario, les personnes qui quitteront la ville voudront néanmoins garder une accroche à l’hypercentre et c’est ici que l’on repense aux vallées qui sont aujourd’hui déjà perçues comme des quartiers de Karlsruhe. Notre choix se porte sur la vallée de Pfinz, située à l’est, et plus particulièrement la ville de Remchingen. Petite ville située en cœur de vallée et actuellement en pleine expansion démographique, Remchingen pourrait être un des points de chute des fuites et surtout un endroit test pour penser une nouvelle façon de densifier le périurbain au regard des attentes de « ceux qui fuient ». 
 
Pour la deuxième situation, qui dit exode urbain et dédensification dit mouvement de population. Afin d’observer facilement un avant-après, la situation dans l’hypercentre se trouve dans le quartier le plus ancien et surtout le plus dense située au sud-est : Südstat. L’état projeté sera celui d’un quartier ayant perdu une majeure partie de sa population et devant faire face à l’enchaînement des crises sanitaires. Pour ne pas se perdre, l’idée est de concentrer l’expérimentation et l’anticipation de ce que pourrait être la ville de demain autour d’un îlot test accueillant différentes interventions répondant aux besoins futurs des habitants que l’on appellera « ceux qui restent ». 

Le prix de la richesse


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La ville de Karlsruhe abrite des entreprises qui incarnent la réussite du modèle industriel allemand. Deux grandes emprises industrielles se détachent particulièrement : La raffinerie MiRo et l’usine de camion Mercedes Benz. 

Alors que la raffinerie Miro couvre approximativement le quart des besoins en essence du pays, l’usine de camion Mercedes est la plus importante usine de camions au monde et assume un rythme de 500 camions par jour. Le paysage productif de la ville ne s’arrête cependant pas à ces usines, car une vaste zone d’activité ceinture la ville d’Est en Ouest, englobant la gare et le port. La présence des réseaux viaire, ferroviaire et fluviale procure à cette zone une importance stratégique pour le commerce, tout en entraînant une grande complexité spatiale qui nuit à sa qualité urbaine. Nous nous interrogeons donc sur le renouvellement de cette zone, en prenant en considération les laissés pour compte du modèle allemand, et de concilier qualité de vie, qualité de ville et production économique. 

Le modèle allemand a deux visages, celui d’une puissante industrie rayonnant sur le monde, et celui d’une implacable économie, laissant derrière elle les plus démunis. Le prix de la richesse, c’est la précarité de ceux-là. Pour illustrer cette vulnérabilité, nous avons brossé quatre portraits de ceux qui subissent ce modèle. Ces quatre figures sont un migrant, un retraité, un travailleur précaire et une femme isolée.

La précarité en Allemagne

Commençons par Mjad. Cet ingénieur est arrivé parmi les 20 000 Syriens durant la vague migratoire de 2015. Hébergé dans un centre d’accueil avec sa famille, il est en attente d’un titre de séjour qui lui permettrait d’avancer. Pour faire valoir ses compétences et s’intégrer pleinement dans la société, Mjad aurait besoin d’apprendre la langue, mais également d’être accompagné dans les démarches administratives nécessaires pour trouver un emploi ou un logement.

Poursuivons par Joachim, un retraité aux 350 € de pension mensuels. Alors qu’il a travaillé et contribué à la société toute sa vie, Joachim fait désormais partie des 17 % de retraité vivant sous le seuil de pauvreté. Pourtant Joachim n’est pas le plus à plaindre. Sa bonne santé lui permet d’être un Pfandsammler, c’est-à-dire un chasseur de consignes de canettes et de bouteilles en plastique. Il aimerait obtenir un mini-job pour mieux compléter ses revenus. En outre, quelque 450 000 retraités ne touchent que 350 € de pension. Ils ont alors besoin d’un lieu accessible pour finir décemment leur vie.

Voici maintenant Heinrich Zimmel. Son emploi à temps partiel ne lui permet de répondre aux besoins de sa famille. Il comble alors ce manque par un mini-job. En Allemagne, 12 millions de travailleurs ont un mini-job, dont la rémunération correspond à une gratification de stage en France. Heinrich rêve d’une réorientation professionnelle, de trouver une formation compatible à son emploi du temps, afin d’exercer un métier épanouissant qui comblerait les besoins de sa famille.

Enfin, nous vous présentons Heike. À la suite de violence conjugale, Heike élève seule son enfant. En Allemagne, il existe 1,6 million de familles monoparentales, et dans deux tiers des cas, c’est à la femme que revient la charge de l’enfant. Heike travaille donc à temps partiel pour s’occuper de son fils Karl. Elle a besoin d’un soutien psychologique, mais aussi d’une solution pour faire garder son enfant et ainsi reprendre une activité professionnelle à temps plein.

Le Spatial Agenda

Mettre un visage sur ces précarités permet d’humaniser et de faire exister ceux-là mêmes qui sont souvent réduits à de simples problèmes statistiques. D’autant plus qu’en analysant la structure sociale de la ville, nous n’avons pas pu déterminer de quartier sensible, où se concentrerait la pauvreté. Cette mixité sociale est sans doute bénéfique, mais elle contribue également à rendre invisibles des personnes se sentant déjà exclues de la société. La spatialisation de l’action sociale disséminée à travers la ville montre cet état de fait. Pour situer notre intervention, nous avons donc porté notre regard sur la politique de la ville à travers le « Spatial Agenda ». Ce document est une sorte plan directeur à l’échelle de ville. Cette attitude pragmatique nous permet d’être en prise le réel d’un territoire dont nous sommes tenus à distance.

Il ressort de ce document une figure urbaine nommée cordon dynamique. Cette zone où se cumulent les réseaux viaire, ferroviaires et fluviaux, zone productive et commerciale, cherche aujourd’hui un second souffle. La ville parle donc d’un « espace mal défini », mais qui constitue pourtant l’épine dorsale de son économie. La volonté est donc de stimuler la croissance là où l’espace offre un développement stratégique, c’est-à-dire dans les nœuds de mobilité, à l’exemple du quartier de la gare, propice aux commerces. L’objectif de la ville est donc de valoriser la forte connexion de cette zone aux réseaux de transport, en renouvelant l’activité pour développer les affaires, le commerce et la recherche. L’idée est de créer des points de convergence pour la production, la recherche et la logistique. La ville pense le cordon dynamique comme un terrain fertile, qui pourrait accueillir des start-up, mais aussi d’autres innovations inattendues. Bien que le spatial agenda ne soit pas une approche réellement dessinée, on comprend alors vers quel type de développement tend cette zone. Nous vous proposons donc maintenant un approfondissement de ce fameux cordon dynamique. Sans remettre en question les analyses et les volontés de la ville à son égard, nous avons entrepris de le décortiquer, car derrière un zoning globalisant, se cache une richesse d’usage et de tissus. Entre industrie, atelier et autres commerces, le cordon est densément constitué. Parmi toutes ces boîtes, nous y décelons également des lieux de cultes et de loisirs. Bien qu’il apparaisse comme une rupture entre la ville et sa périphérie, on rencontre de grands corridors paysagers qui se nouent avec le cordon dynamique. Ces continuités paysagères offrent une opportunité pour requalifier l’espace public du cordon, qui subit l’abondance des réseaux. S’il est propice aux affaires, l’espace ne l’est pas pour les piétons, ce qui accentue cette idée de frange détachée de la ville. Il existe bien évidemment des transversales à ce cordon. La plupart d’entre elles sont automobiles et n’offrent guère plus qu’une traversée. Cependant, on note également des passages pour des mobilités douces, à vélo, à pieds ou en tramway, offrant alors la possibilité de développer des haltes et des points d’entrées dans le cordon. Nous avons également noté que sous cette grande figure se cache une réalité plus hétérogène. Ainsi, nous avons distingué plusieurs séquences à ce cordon, selon son épaisseur, sa densité, son accessibilité, mais aussi en fonction des tissus qui le bordent.

La question est alors : comment faire bénéficier ce champ des possibles à Mjad, Joachim, Heinrich et Heike ? Nous avons imaginé quatre programmes répondant à leurs difficultés. Toutefois, ces programmes ne sont pas exclusifs, mais inclusifs. Nous avons développé une programmation qui s’adresse au plus grand nombre et ne cherche pas simplement à répondre à une situation d’urgence.

Les projets

La bordure

La bordure

Emma Stévenot

Pour aider Mjad et sa famille à faire partie de la ville au même statut que les autres habitants, il s’agit de légitimer leur culture au sein de Karlsruhe. Nous partons alors d’un constat : en Allemagne, la religion fait partie prenante de l’identité allemande, dans le sens où l’État collabore avec les communautés existantes. En effet, il prélève des impôts au bénéfice des Eglises. Les allemands se doivent alors de déclarer à l’État leur religion ou leur athéïsme, afin de payer un impôt en fonction. Aujourd’hui, la communauté musulmane, qui compte pourtant de nombreux fidèles en Allemagne, n’est pas encore reconnue de la sorte. Il s’agirait donc de conforter la pratique du culte musulman, au côté des autres religions présentes sur le territoire allemand. Ce serait un premier pas vers la reconnaissance administrative de l’islam en Allemagne, mais surtout un levier d’intégration à la communauté religieuse allemande pour Mjad.

De ce constat, une Société Coopérative d’Intérêt se crée, afin de pérenniser les échanges entre le christianisme, le judaïsme et l’islam en Allemagne. Le projet de la SCIC est alors de trouver un moyen d’implanter ces discussions dans un lieu de rencontres.

Plus qu’un lieu de culte, c’est un lieu d’échanges de culture et de savoirs qui permettrait à tous les pratiquants de se sentir intégrés, entre eux et également avec une population athée. Le projet prend alors la direction d’un centre cultuo-culturel, auquel vient s’associer le KIT, qui appuie l’intérêt d’un tel endroit pour les étudiants et personnes suivant une formation.

Nous imaginons par la suite que la SCIC fasse appelle à la mairie de Karlsruhe afin de trouver un terrain abordable pour y implanter ce lieu d’échange inter-communautaire.

La ville cède alors une parcelle délaissée en bordure d’autoroute, au sein du cordon dynamique. L’implantation du lieu inter-communautaire est néanmoins demandée éphémère par la ville, qui souhaite, avec le spatial agenda, implanter des programmes plus rentables.

L’enjeu est donc de proposer une intervention éphémère avec l’objectif de la faire totalement adopter à la ville. Le projet aura donc une dimension probatoire et devra faire ses preuves dans le temps, afin que les usages se pérennisent et soient acceptés au sein du cordon dynamique avec le Spatial Agenda. De quoi donc fixer ce lieu de culte et de culture dans le temps, afin de redonner une véritable légitimité à la participation des populations mixtes, même précaires, au sein du Spatial Agenda.

La parcelle qui est cédée gratuitement se présente comme un merlon d’autoroute, au sein d’un parkway bordant la voie rapide de Kalrsruhe.

De prime abord, le site est emprisonné entre plusieurs ceintures de la ville : il y a la partie Nord, qui est une vaste zone d’activités sportives en lien avec le quartier universitaire, avec un parc

Puis la rivière de l’Alb vient créer une première limite à la ville, suivie des voies d’autoroute, puis une contre allée. Au sud de ces limites, se trouve la ville industrielle, périphérique, avec un paysage d’entrepôts, de locaux.

Nous observons que ces limites sont finalement franchissables avec des séquences de traversées : un viaduc où circule le tram-train de Karlsruhe et une passerelle piétonne. Une continuité possible se lit alors à l’échelle urbaine, entre le parc au Nord, et celui qui se dessine en long au sud. Ces tracés paysagés et la présence de la passerelle permettent d’imaginer que la ville souhaite favoriser ce parcours piéton.

En s’emparant de cette initiative et de ce point stratégique entre entrée, traversée et sortie de l’épaisseur du cordon dynamique, nous renforçons un lien urbain, entre centre-ville et périphérie industrielle.

Nous proposons une infrastructure qui vient attirer le regard de la ville sur sa périphérie et se place au contact proche de la ceinture, matérialisant l’entrée dans le cordon dynamique. Cette infrastructure vient se greffer aux traversées existantes, prolongeant les quais d’un arrêt de tram, et la longueur de la passerelle. En plan, elle se dessine longiligne et suit la courbure de l’autoroute. Elle permet d’accompagner le mouvement de passage et le parcours depuis le parc au nord vers la balade arborée au sud. En élévation, l’infrastructure permet de relier les 3 niveaux de la ville à cet endroit : le viaduc avec le tram, la passerelle piétonne, et le rez-de-chaussée de la ville au sud de la voie rapide.

Cette infrastructure vient se placer sur le talus en bordure, à la place d’un bosquet d’arbres. Ce positionnement confère une visibilité au projet, depuis le nord comme le sud. Nous proposons donc un espace public qui fait le lien physique mais aussi visuel entre la ville dense et le cordon dynamique. L’espace public accessible à tous permet d’accueillir une population mixte, et donc d’intégrer les précarités à une vie de quartier.

L’infrastructure est coulée en béton sur place, apportant à la ville un élément de circulation et d’abri, sous forme de structure en poteaux champignons portant un long toit parcourable. L’infrastructure sert alors d’espace public vecteur de rencontre entre habitants de la ville, étudiants du quartier universitaire, usagers du parc sportif, usagers du tram, promeneurs du parc, travailleurs des bureaux, et habitants du quartier au sud de la voie rapide. Ses grandes surfaces de toit parcourable et de rez-de-chaussée pavé permettent une libre appropriation pour des représentations, spectacles, festivals ou rassemblements organisés par la ville.

En gardant en tête l’enjeu d’intégrer des programmes à période probatoire qui vont permettre l’insertion des migrants et autres personnes précaires au sein de la population de Karlsruhe, nous proposons l’intégration de modules bois. Il s’agit là d’habiter peu à peu ces espaces libres avec des programmes de rencontre et de culture accessibles à tous. Les installations de modules se feraient petit à petit, dans la mesure où chaque organisation associative s’intégrerait peu à peu au sein de l’infrastructure publique, en s’installant sans l’aval de la municipalité. L’ensemble de l’infrastructure propose donc des espaces libres et appropriables en béton, elle a vocation à être pérenne. Les modules de bois contenant les programmes portés par des initiatives citoyennes sont quant à eux probatoires, modulables et démontables, et viennent s’assembler et se glisser entre les poteaux de l’infrastructure.

L’espace public à la hauteur du viaduc constitue une grande surface appropriable ponctuée de différents points d’accès, multipliant les parcours possibles. Une longue rampe longeant le projet permet de relier le rez-de-chaussée, avec un parcours fluide de l’espace public. Les percements des cages d’escaliers permettent un passage plus rapide d’un niveau à l’autre à tout moment du parcours. De part à d’autre, un garde corps permet de profiter des vues, mais aussi de ce qui se passe sur la rampe et en contrebas. Des bancs sont disposés sur la dalle béton pour bénéficier de cet espace de pause, entre attente du tram et contemplation du paysage. Les modules de bois fixés au dessus des dalles permettent ici d’apporter une cantine, des kiosques ou des cafés à emporter. Le skatepark et l’espace d’exposition extérieur participent également à proposer des programmes accessibles et profitables à tous, tout en restant démontables. Le parcours depuis le tram débouche sur un mur en verre profilé en u, qui offre une vue en plongée sur les offices religieux qui ont lieu en contrebas.

En effet, cette émergence qui ferme l’espace public, permettrait d’accueillir notre programme fédérateur : la salle de prière. Au bout de l’infrastructure, une variation des poteaux champignons, qui passent de 9 à 12m, permettent de créer un vaste espace hypostyle. La proposition à la ville de cette salle de prière est plus ancrée, puisque c’est un espace clos construit en dur, mais sa simplicité et son absence de symbolisme en font un lieu tout aussi appropriable pour d’autres usages, telle qu’une exposition ou une représentation qui demande davantage de hauteur sous plafond.

On entre dans la salle de prière depuis le rez-de-chaussée, qui offre deux espaces de transition, pour préparer son esprit à entrer dans un lieu loin de l’agitation de l’espace public. Les entrées des hommes et des femmes peuvent ainsi être différencié si l’en est coutume (pour les musulmans et certains juifs traditionnels par exemple). Ainsi, des salles d’ablution donnent sur ces espaces de transitions, afin de se préparer à la prière. Ces salles se trouvent au sein d’un bloc dur, permettant de bien marquer la séparation entre espace public et espace clos, et regroupant sanitaires, stockage et salles de recueillement individuelles. Le passage de ce bloc d’un seul niveau à la haute salle hypostyle se veut contemplatif, faisant lever le regard. Le plafond se dessine dans la complexité des sous-face champignons, créant un damier répondant à la lumière. 

En face de l’entrée, la façade est complètement libérée d’ossature, et, avec des carreaux de verres autoportants opalescents, elle laisse passer la lumière et la silhouette des arbres du talus. Les autres murs de reglit se constituent d’une base en béton brut, qui coupent visuellement du passage des gens et des voitures, et fait venir la lumière d’en haut. Ces carreaux de verre opalescents permettent une ambiance lumineuse et intime à la fois, propice à la prière. La salle vit en fonction des jours de la semaine. Le vendredi, le culte musulman, le samedi, le culte juif et le dimanche le culte chrétien. Une différenciation de hauteur de sol permet, lorsque la tradition l’oblige, à séparer physiquement hommes et femmes en gardant un lien visuel. Ainsi, trois marches sont crées, la plus haute à l’extrémité de la salle, ce qui permet de placer l’autel ou la table de lecture. Quand il n’y a pas d’offices religieux, des rencontre inter-communautaires se créent dans ce lieu clos, où toutes les confessions sont les bienvenues. Le reste du temps, la salle reste un espace où l’ont vient prier, se recueillir, méditer, aux cotés d’autres croyants. Plus qu’une mosquée, une synagogue et une église placées cote à cote, ce lieu permet la véritable rencontre et cohésion des communautés pour l’utilisation de cet espace partagé.

Toujours dans cette optique de mélange des populations et intégration des plus précaires, le rez-de-chaussée abrite un marché couvert . Le rez-de-chaussée constitue un grand espace abrité, se prolongeant en faisant un lien avec le bâtiment de bureaux grâce au pavage qui contribue à effacer la limite entre intérieur et extérieur et participer au mouvement du parcours. Les poches de végétation actuelles sont gonflées pour laisser deviner le parcours végétal, qui relit à grande échelle les deux parcs. Afin de se couper de la voie rapide mais d’en distinguer tout de même le mouvement, nous disposons des carreaux de verres autoportants et opalescents. 

Afin de lire la capacité mutable des programmes au sein de l’infrastructure, les poteaux prennent une forme particulière. Des corbeaux intégrés au poteaux permettent de dessiner ce qui peut être un R+1 lorsque les associations décident de l’habiter. En effet, les poteaux permettent de venir poser une structure secondaire en bois. Les corbeaux sont rattrapés par un contre fruit, puis le reste continue de s’élancer en fruit vers le champignon. Cette forme de poteau permet différentes appropriations possibles, à l’aide de pannes en bois que l’on vient placer sur les corbeaux. Ce type de structure permet une liberté de création des modules bois, qui peuvent varier par leur emprise, leurs surface, leur circulation, etc.

Lorsque que l’espace n’est pas occupé, le langage particulier de ces poteaux viennent habiter l’espace telle une forêt de béton brut. Leur forme permet d’exprimer le potentiel d’accueil de l’infrastructure.

Depuis la voie rapide, la façade de carreaux de reglit en retrait permet de lire l’horizontalité du toit parcourable. En façade sud, des demi poteaux champignons viennent fabriquer un autre langage de façade. Ils permettent de lire la structure comme si on l’avait coupée, ce qui permet de voir les profils de poteaux champignons se rencontrer. Un long corbeau vient se greffer à ces demi-poteaux, comme si l’autre partie du champignon avait été abaissée. Cette déclinaison permet de venir soutenir la rampe. A l’endroit où la rampe rencontre le niveau du R+1, et donc de la passerelle piétonne, tous les corbeaux viennent s’aligner. Une dalle béton permet de matérialiser ce lien direct entre la passerelle et la rampe, et relie directement les niveaux par un escalier hélicoïdale. Cette dalle permet l’accès aux modules en bois lorsqu’il y en a.

Nous proposons, sur les plans, une occupation quasi totale du R+1, qui viendrait après plusieurs années d’implantation par la SCIC, commençant d’une mezzanine, pour au fur et à mesure s’étendre en modules qui s’affirment de plus en plus dans l’infrastructure. L’occupation du R+1 se ferait alors par des programmes venant compléter la dimension d’intégration que la salle de prière propose. D’ouest en est, une salle de projection permet de partager différentes cultures au sein d’œuvres cinématographiques, mais aussi de conférences qui peuvent y avoir lieu ; une longue bibliothèque polyglotte permet l’accès à tous à la lecture et à un espace de travail ; des salles de réunion et des bureaux permettent l’accueil et l’aide administrative des personnes en difficultés ; et des salles de cours permettent l’échange de connaissances et l’apprentissage de langues.

Construits en contreplaqué, les modules de bois s’ouvrent aux vues et à la lumière avec des plaques de polycarbonate, permettant une qualité d’espace à moindre coût, et un contact avec l’infrastructure. 

L’envers_PFE

L’envers

Pour un renouvellement urbain des quartiers précaires

Julie CHAMBAUD -Tanguy GUYOT – Marie LAUNAY – Maxime NEUVILLE – Violette SOLEILHAC

Face par laquelle il est moins fréquent de regarder quelque chose, souvent cachée. Intérieur laissant apparaître les coutures, la construction d’un objet textile.

source CNRTL

L’ objet textile c’est Manchester, Cottonopolis, ancienne puissance industrielle ayant décliné depuis, mais arguant un développement nouveau autour de la figure de ses canaux oubliés. La construction, elle a été portée par les ouvriers qui ont participé à l’apogée de ce territoire et qui souffrent aujourd’hui des crises qui les malmènent. Oubliés, ils le sont depuis plus longtemps que les canaux, toujours en marge de la ville, en dehors de la Cité. Quels sont les projets de la métropole pour ces derniers, rassemblés au sein d’habitations sérielles issues de la période industrielle ? L’attente, ou la démolition massive au profit de nouveaux projets urbains excluant toujours plus loin les minorités. Nous avons souhaité nous concentrer sur ces parties oubliées de la métropole, à la marge des politiques urbaines. Vous trouverez dans ce résumé la démarche que nous avons portée ce semestre et que nous souhaitons développer dans le cadre de notre Projet de Fin d’Études.

Précarité

Les coulisses de la fabrique métropolitaine

Devant la complexité de ce territoire, nous avons préalablement porté un regard statistique sur cette aire métropolitaine structurée autour des villes de Manchester et de Liverpool. Nous nous sommes très rapidement heurtés à la précarité de ce tissu anciennement productif. Le passé ouvrier et les multiples crises amorçant la déprise industrielle n’ayant épargné ni le territoire du Manchester Ship Canal, ni ses habitants.

On vit 7 ans de moins à Manchester que dans le reste de l’Angleterre. 

La cartographie de ces données fait ressortir des conglomérats de quartiers principalement urbains, isolés au sein d’un territoire très hétérogène. La figure de l’archipel a ainsi été un outil pour qualifier ces isolats du territoire où la vie est particulièrement plus dure. Ces problématiques nous ont permis de cartographier des maux principalement urbains, se concentrant dans et autour des deux métropoles jumelles : Liverpool et Manchester. La figure du Canal est secondaire dans le cadre de cette analyse, ne concentrant pas ces aires urbaines multidéfavorisées et ne nécessitant pas une urgence d’action.

Back to Health, Back to Earth

La seconde couronne mancunienne entre oubli, désintérêt et pression foncière

La cartographie de ces difficultés sociales sur la métropole mancunienne fait ressortir la seconde couronne de la ville. Le système de santé est déjà bien constitué, néanmoins on peut aujourd’hui questionner son implantation et sa présence au sein des tissus les plus défavorisés. Les problématiques de santé dans ces quartiers sont principalement chroniques et questionnent sur une présence à plus petite échelle du système de santé. Une action plus générale du système de santé portant sur le bien-être en ville et en même temps plus localisé, permettrait de désengorger les services-hôpitaux aujourd’hui exsangues. Nous avons donc cherché à qualifier ces tissus précaires entourant la ville de Manchester et nous nous sommes rapidement rendu compte que ces aires urbaines correspondaient aux tissus historiques des Terraced Houses, maisons ouvrières en bande construites dans les 1900. 

“ Trente ou quarante manufactures s’élèvent au sommet des collines (…). Autour d’elles ont été semées comme au gré des volontés les chétives demeures du pauvre.” Alexis de Tocqueville, «Oeuvre complètes: Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie», Manchester, le 2 juillet 1835

Aujourd’hui, seules les chétives demeures du pauvre restent là. Les industries sont parties. Les ouvriers restent. On parle souvent de l’héritage industriel pour le patrimoine qu’offrent les sites de production, mais rarement de ce que cette industrialisation a produit en matière d’habitations et de mode de vie.

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NHS, CLT, …

Des acteurs contre l’inaction et la dégradation au
sein des quartiers défavorisés

“Le parlement doit maintenant organiser le Brexit samedi afin que nous puissions passer à d’autres priorités, telles que le coût de la vie, le système de santé, les crimes violents et notre environnement.”

Boris Johnson, sur twitter, après l’accord conclus avec l’Union Européenne le 17 octobre.

Le “dévolution act”, mis en place en févier 2015, est un accord de décentralisation historique et expérimental avec le gouvernement afin de prendre en charge les dépenses et les décisions en matière de santé et de service sociaux dans la région de Manchester. Dans ce cadre un budget de 6 milliards de livres est accordé au Greater Manchester. Un budget de 450 millions de livres est alloué aux fonds de transformation. Il peut être un outil de projet. Un Community Land Trust, appelé en droit français organisme foncier solidaire, est une personne morale à but non lucratif ayant pour objet de détenir la propriété de terrains sur lesquels des logements sont bâtis, et ce afin que ces derniers restent perpétuellement à coût abordable, et nettement inférieurs au prix du marché. En dissociant le sol du bâti présent en son sein, le CLT permet de lutter contre la gentrification et de conforter les populations déjà présentes sur son territoire. Il peut progressivement prendre de l’importance et passer d’un outil de gestion à un outil de projet, au service de la communauté. Ces deux acteurs, parmi d’autres, nous montrent que l’on peut agir au sein de ces quartiers.

Terraced Houses

Pertinences et Limites d’un modèle anglais 

Ce modèle d’habitation sériel laisse peut ressortir les symptômes de la précarité en façade et dans l’espace public. C’est pourquoi nous avons cherché, à travers l’exercice du récit fictionnel à qualifier la vie quotidienne de ces habitations. Nous y avons confronté un arpentage photographique scientifique, montrant la récurrence de ces habitations avec des brèves fictionelles, révélant l’envers de ces façades, le quotidien de ces populations. Ce récit renvoie aussi bien à la qualité des logements qu’au cadre de vie, à l’environnement qu’aux politiques gouvernementales. Il amorce autant de pistes programmatiques possibles pour répondre à ces problématiques du quotidien. 

Nous avons choisi de documenter ces maisons ouvrières en bande, construites lors de l’essor industriel afin de loger la forte demande de main-d’oeuvre nécessaire à la ville. Il nous semblait donc primordial de mener un travail d’analyse d’archives in situ puis de redessin de ces typologies datant pour certaines d’avant le 20 ème siècle. Ces constructions se démarquent aujourd’hui par la pérennité de leur système constructif et la simplicité de leur plan, mais nécessitent d’être requestionnées à l’aune du 21ème siècle. Elles offrent une densité de 80 lgts/ha, très pertinentes, équivalentes à des ZACs actuelles (50 lgts/ha – grand-ensemble). Le bâti génère une échelle humaine très intéressante et offre de réels espaces extérieurs aux habitations. Back yard et Front yard, dans certains cas, offrant une réelle plus-value à ces logements de 20 à 30 m2.

Néanmoins, bien que les typologies soient toujours d’actualités, elles sont trop récurrentes et demandent des variations pour répondre à la complexité des modes de vie actuels. Le modèle est directement touché par la précarité énergétique et sa rénovation nécessite d’être pensée. L’université de Manchester étudie dans le cadre de recherches universitaires les potentiels systèmes d’isolation pouvant être mis en place, ainsi que leur pertinence économique. Il est nécessaire de pallier l’insalubrité des venelles et des espaces extérieurs privés, encombrés de déchets, et insalubres.

Quartiers défavorisés,
Quartiers oubliés ?

Histoire arpentée du tissu de terraced houses de Manchester

En arpentant ces quartiers en marge de la dynamique métropolitaine nous nous sommes rendu compte de la polysémie de cette précarité. Néanmoins, leurs formes sont toutes étroitement liées. La précarité est historiquement enracinée dans ces habitations ouvrières, mais le tissu urbain a connu selon les quartiers des évolutions variées. Nous avons pu noter des situations subissant une pression foncière forte et une gentrification massive, comme Holt Town ou Charlestone. Ces quartiers sont ou ont été en grande partie démolis et reconstruit au profit d’une population plus aisée, souvent de manière moins dense. Cela est dû à leur proximité avec des aménités paysagères, souvent la présence de l’eau, permettant de valoriser des espaces publics et un cadre de vie nouveau. La gentrification de ces quartiers s’accompagne d’un exil des populations les plus démunies en marge de la métropole, accentuant la ségrégation spatiale que connaissent ces populations. La situation de Partington en est le témoin, créée suite aux politiques de slum clearence des années soixante. D’autres situations comme Langworthy ou Eccles, ont connu des modifications plus opportunistes et basculent progressivement dans des processus de renouvellement urbain, profitant de leur proximité et de leur connexion à des axes métropolitains. Moss Side brille de par son immuabilité. Une grande partie du quartier reste telle qu’elle a été livrée en 1900, en dehors de toute politique urbaine.

Pathfinder

Tabula rasa 

L’âge d’or de l’industrialisation a demandé un essor constant de la main-d’oeuvre. Pour ce faire, ville et industriels ont construit ensemble des quartiers entiers, à bas coûts, pour subvenir aux besoins d’hébergements de Cotonnopolis. Les logements construits, souvent dos à dos (Back to Back), étaient trop petits pour accueillir l’ouvrier et sa famille et leur organisation ne permettait pas d’assurer des conditions d’hygiène acceptables. Une première politique de démolition a eu lieu dans les années soixante, dites de «slum clearence», détruisant ces taudis ouvriers et interdisant par la même occasion de fabriquer le modèle dit Back to Back. Ces quartiers ont été reconstruits, suite à leur démolition, au profit d’habitations collectives. Ces dernières ont également été démolies au tournant des années 2000, trop stigmatisées par des années de ségrégations. Seuls les modèles construits plus tardivement au début du 20ème siècle persistent aujourd’hui, ces derniers proposant un accès au tout-à-l’égout, des logements traversants ainsi qu’un accès à des espaces extérieurs. Ils sont aujourd’hui menacés par la politique du Pathfinder, souhaitant renouveler la seconde couronne d’habitat de la ville. Un des objectifs de ce programme et de dédensifier ces quartiers, arguant «3 logements démolis pour 1 construit». La reconstruction de  ces emprises s’accompagne souvent d’une gentrification brutale et d’un exil des habitants.

1951-2019

La résilience des figures paysagères face à
l’extinction d’un modèle d’habitat

Nous avons choisi de nous concentrer sur le quartier de Moss Side pour montrer la pertinence que peut avoir une action localisée au sein de ces quartiers défavorisés hors des politiques urbaines. Sa construction historique laisse apparaître la place qu’elle prenait anciennement au sein d’un système bien plus large d’habitats ouvriers, démolis dans les années quatre-vingt-dix. En dehors de cette démolition massive, seuls des projets opportunistes ont pu se développer, profitant souvent de la libération de grands tènements fonciers comme le centre de dépôt de bus de la ville de Manchester ou l’ancien stade de football de la ville. De grandes figures paysagères structures les abords du quartier, ces propriétés anciennement exclusives à la couronne sont aujourd’hui de vraies attractivités métropolitaines, associées au sport, à l’événementiel ou à des équipements universitaires. On voit apparaître des plus petits espaces publics au coeur du quartier, créés ou plutôt issus de la démolition occasionnelle de terraced houses. Ces espaces offrent aujourd’hui des qualités certaines ainsi que des spécimens végétaux remarquables mais ils manquent d’un réel dessin et d’une relation qualitative avec l’existant.

Oportunités

Le déjà-là comme support d’une stratégie

L’inventaire des opportunités foncières souligne la diversité des espaces latents que contient le quartier de Moss Side. Cet inventaire révèle l’attention particulière que l’on porte au contexte afin de pouvoir y développer des interventions pertinentes, permettant de fédérer différents acteurs. Différents fonciers apparaissent comme pouvant porter une action immédiate. Nous avons fait le choix de laisser les éléments les plus facilement constructibles aux acteurs privés et nous choisissons de concentrer la réflexion sur des figures plus complexes, requestionnant les terrains issus de démolition et les limites entre propriété publique et privée. Ces situations permettent de développer des liens plus fort avec les acteurs déjà présents et permettent de jouir d’une diversité programmatique nécessaire au portage de nouveaux projets dans ces quartiers difficilement attractif. C’est ce qu’on appelle les singuliers, c’est l’exception au sein de la trame, là où il parait nécessaire de concentrer les efforts. D’autres fonciers apparaissent dans cet inventaire, plus épars, auxquels s’ajoute une certaine vacance au sein des terraced houses. Ces éléments, que nous appelons les communs, sont difficilement porteurs d’une stratégie globale mais ils peuvent ponctuellement amorcer une évolution d’îlots de maisons en bande. Il ne sont pas pour autant secondaires et sont au cœur de la mutation de ce quartier.

Plan de recoupement

Un dessein pour Moss Side

Les actions ponctuelles portées par ces singuliers permettent progressivement le renouvellement du quartier de Moss Side. Les micropolarités que l’on met en place viennent s’agréger autour de Claremont Road. Cet ancien axe commerçant au sein du quartier ouvrier avait perdu de son dynamisme et n’avait plus de rôle structurant. Nous proposons de lui redonner une place centrale, à travers la création d’une ligne de Bus et le retraitement de ces espaces publics. L’amélioration des connexions et le dynamisme nouveau, portés par les singuliers permettent de réactiver les rez-de-chaussée de ces rues, pouvant évoluer au grès des opportunités en lieux tertiaires. Depuis cet axe, des transversales sont mises en place afin de connecter le coeur du quartier aux structures paysagères voisines. Ces dernières permettent de requestionner ponctuellement la place du piéton et des mobilités douces au sein du quartier. Ces transversales sont liées à la mise en place des singuliers et sont valorisées par ces derniers, mais peuvent être mises en place préalablement. Ces interventions s’accompagnent de la mutation progressive des îlots de terraced houses, profitant des micro-opportunités foncières pour retraiter au cas par cas les problématiques d’insalubrité et générant des micros espaces publics au sein de ces tissus d’habitations denses. C’est l’action des communs. Elle est plus permissive, demandant moins de dessin et suit des prescriptions que nous avons détaillés dans le cadre de notre travail. Ces règles sont pensées comme un nouveau socle réglementaire spécifique à ce quartier permettant l’action en son sein et améliorant son attractivité.

Prescriptions

Des outils de projet pour intervenir à
toutes les échelles

Axe 1 : Restructuration des axes principaux. 

La première intervention est une requalification de Claremont road. L’objectif est de réaffirmer son rôle central dans l’organisation du quartier en y ajoutant entre autres une piste cyclable et une voie de bus. Cette place centrale est un rôle qu’elle a longtemps joué, en témoigne les typologies de maisons en bandes avec commerce en rez-de-chaussée dont aujourd’hui une partie non négligeable est fermée. Cette intervention vise à leur redonner un nouveau souffle et de créer le terreau nécessaire à l’implantation de divers programmes. Cette rue relie deux grands axes structurants à l’échelle de la métropole et vient être ponctuée de respirations qui viendront faire l’état de requalification. Dans un second temps d’autres axes dits « transversaux » seront, à leur tour, mis en valeur avec, notamment, l’ajout de piste cyclables. Ces derniers relieront Claremont road aux grandes figures végétales du quartier et traverseront notamment les singuliers. Ces deux interventions ont pour objectif de recréer un maillage à l’échelle du quartier de Moss Side et de le relier aux grandes figures et équipements marque du territoire. Ces restructurations sont aussi l’occasion d’amorcer une mutation dans le quartier en y ajoutant les infrastructures pour les mobilités douces, mais également de la végétation et des surfaces perméables.

Axe 2 : Requalification des espaces du quotidien

 

L’évolution du quartier a beaucoup changé depuis sa création au début du XXème siècle. La voiture puis la gestion des déchets ont tour à tour pris beaucoup de place au détriment du piéton et de ces usages qui ont aujourd’hui une place extrêmement résiduelle. Encore une fois, pour répondre à ces problématiques nous avons proposé plusieurs stratégies. La première action est la mise en place de « commun » dans des opportunités foncières : dent creuse ou une maison à vendre. Il s’agit d’un espace public de proximité, du quotidien. Concrètement il vient supporter la gestion des déchets, sous terre ou non, aérer le tissu pour redonner des qualités aux venelles arrière. Ils peuvent accueillir des aires de jeux, des espaces couverts ou tout autre aménagement utile aux habitants. La seconde action est la restructuration des rues ou une place plus importante est donnée à la végétation, mais aussi aux piétons. Chacune de ces voies passe à sens unique avec une bande perméable qui vient accueillir de la  végétation et repenser le stationnement. 

Axe 3 : Programme d’amélioration / renouvellement du bâti

Intervenir à l’échelle du foyer est indispensable pour répondre au plus près aux maux qui touchent ce quartier. Il apparaît alors essentiel de ne pas considérer ces maisons comme une bande, mais comme une multitude d’individualités : la terraced houses. Ces dernières qui ont plus d’une centaine d’années ne sont plus adaptées aux enjeux de notre époque aussi bien thermiquement, qu’à travers l’invariabilité des typologies où la place importante des poubelles et des voitures. Elles ont néanmoins de grandes qualités comme la densité : 80 logements par hectare, leur prix rapporté aux surfaces qu’elles proposent avec un extérieur. Notre action est une ébauche de règle qui permet à tout propriétaire, investisseur d’améliorer son habitat, fusionner des maisons, surélever, tout en servant de garde-fou pour perpétuer ce qui fait la beauté et la poésie de ce quartier.  Les règles urbaines ne sont pas homogènes sur tout le quartier, mais sont propres à chaque îlot et le référentiel est la maison historique. (Hauteur de cheminée, corniche, largeur… ). La nécessité de conserver un accès sur la ruelle arrière est affirmée afin de valoriser cette circulation au coeur de notre projet.

La création de ces stratégies nous a conduits à une nouvelle figure : l’îlot. En effet pour répondre à toutes ces problématiques cette forme urbaine, addition de deux bandes et d’une venelle, nous semble être l’échelle la plus appropriée pour répondre aux problématiques. Le nombre varie, mais elle correspond à une cinquantaine de maisons en moyenne. En fonction des opportunités, chacune des actions pourra être réalisée ensemble ou séparément. La figure finale conserve les qualités originelles du quartier comme sa densité, son aspect sériel tout en remettant le piéton et la végétation au cœur du quartier. Chacune des actions est complémentaire des autres, mais peut aussi être pensée séparément. Le résultat est une pièce urbaine très permissive permettant des interventions très ponctuelles tout en leur redonnant une unité autour d’une figure urbaine commune. Elle réaffirme l’appartenance et la fierté des habitants à leur rue, leur îlot et leur quartier.

Conclusion

Un urbanisme d’opportunité

Notre projet ce veut être la réponse à ces situations en dehors des politiques urbaines du Greater Manchester. Nous cherchons à montrer que l’opportunisme n’est pas une fatalité mais peut être une réelle stratégie portée aussi bien à l’échelle urbaine, qu’architecturale pour lutter contre la gentrification (pression foncière) massive que connait la seconde couronne de Manchester. Nous plaidons en faveur de processus alternatifs portés à plus petite échelle et permettant de répondre plus durablement au renouvellement urbain, tout en confortant les populations déjà en place et en initiant une mixité sociale. Nous sommes persuadés que l’échelle du quotidien peut être porteuse de l’innovation souhaitée à travers le décentrement des politiques initié à Manchester par le gouvernement Britannique, tout en initiant un nouveau regard bienfaisant sur ce patrimoine méconnu de la période industrielle, les terraced houses. Nous souhaitons avant tout révéler le potentiel qu’abrite ces situations oubliées, et le formidable horizon des possibles qu’elles peuvent accueillir. Nous sommes convaincus que dans des contextes opérationnels toujours plus complexes, nos professions doivent se positionner pour faire projet sur tous les territoires, quels que soient les acteurs, ou les moyens mis à disposition pour ce dernier.

 

Pour découvrir les singuliers développés individuellement parcourrez la carte. Chaque bouton renvoie vers un lien du projet situé. 

Construire au périgée sédimentaire

Le Comté du Cheshire est incontestablement le berceau de la société commerciale et industrielle moderne. Entre ses deux métropoles Liverpool et Manchester, l’homme a su tisser un important réseau, entre limons et argiles. Les ruines de ses cheminées et entrepôts nomment partout les marchands d’une époque prospère et insouciante. Les eaux de ses canaux, à travers ses verts pâturages, vont porter les étoffes anglaises par delà l’Atlantique et jusqu’aux confins des Indes. L’illustre Manchester Ship Canal est venu fendre cet environnement pastoral et se tendre sur près de dix-huit kilomètres en doublant le tumultueux fleuve Mersey.

Aux colonnes de fumées de l’épopée industrielle se sont succédées celles de la centrale thermique de Fiddlers Ferry. La surface de ces terres au caractère insulaire a été bouleversée par l’homme. C’est en quelques endroits le cadavre d’un monde souillé. On y marche sur une terre sinistre formée de charbons éteins, à travers des amas gigantesques de détritus, recouverts ça et là de quelques masses de verdure sombre, qui contrastent à peine avec le reste du sol vicié.
En parcourant cette chaîne de collines qui furent lessivées pendant deux siècles, vous découvrez tout ce que l’homme a créé d’intolérable et d’effroyable.

L’homme face aux déchets

L’enceinte des landes, Liège

Le projet développé ce semestre est un démarche de ré-fondement : urbain, architectural, paysager, agricole, social, communautaire, financier, de la philosophie de vie et de la manière de vivre quotidiennement. Son caractère est plus difficile à comprendre si on le regarde, et on a l’habitude de regarder, par la prisme progressiste et capitaliste.

Le projet s’inspire des manifestations sociales qui contestent le regard qui vient d’être précisé qui se traduisent dans le territoire par les ZAD, les zones à défendre. Se défendre de qui et de quoi détermine l’apparition de cette nouvelle identité dans le territoire aujourd’hui? Les ZAD-es s’organisent en communauté, de manière autonome, dans des lieux avec des contextes sociales, politiques, etc. précis dans une maniéré différente de celle qu’on à l’habitude de vivre chaque jour.

Fait à Liège en 2006, le film La raison du plus faible traite les situations de vivre des quatre hommes qui démontrent un mécontentement et une perte de sens de la vie qui n’as pas seulement des causes de nature financière. La ville apparaît comme le contexte dans lequel le déclin de l’industrie généré des mutations sociales fortes dans les vies des ouvriers et des habitants en général qui placent un arc-en-ciel de désespoir sous lequel se développent des mentalités à soigner.

(La bande annoncée du film La raison du plus faible, de Lucas Belvaux, inspiré et filmé dans la ville mosane, source: youtube.com)

Dans ce contexte, le projet envisage se passer un scénario type ZAD qui semble assez proche de s’organiser et de prendre place réellement à Liège, avec la possible arrivée du géant du commerce en ligne chinois, Alibaba, à coté de l’aéroport.

(deux affiches de la campagne de résistance qui commence à s’organiser à Liège par plusieurs acteurs, entre lesquels l’association Urbagora, source: watchingalibaba.be)

Le projet ne traite le sujet d’Alibaba, qui semble plus crédible pour générer un mouvement et une occupation de type ZAD par ses ressemblances avec la ZAD de Notre Dame des Landes à Nantes. En échange, la quatrième expansion du parc d’activités d’Hauts Sarts est plus cachée au regard de l’opinion publique, avec un développement tacite proliférant qui semble être attendu et souhaité. Seuls les agriculteurs sont ceux qui s’angoissent de la prolifération du parc en plantant sur les bords des terres qui font frontière avec le parc des panneaux qui demandent le stop de l’expansion. Le projet s’empare de ce fil fin soulevé par les hommes qui cultivent ces terres, qui semblent être parmi les seuls réellement conscients de leur importance en premier pour leur survie, après pour les habitants de la ville, qui ont besoin d’être nourris et pour la population de la terre qui doit être nourrie aussi.Dans cette perspective, la ville n’est pas l’expert mais le contexte actuel planétaire l’oblige a apprendre de la campagne. Pour beaucoup d’entre nous la campagne représente encore le rêve de la vie idyllique et on est très loin de pouvoir s’imaginer ce que signifie vivre aujourd’hui à la campagne, élever des bêtes et cultiver des terres. Expérimenter la vie d’un fermier d’aujourd’hui est une des moins idyllique forme de vie que l’homme peut expérimenter. Très peu d’entre nous connaissent quelle est la pression surtout économique sous laquelle vivent aujourd’hui les agriculteurs. Certains d’entre eux prisent des décisions qui sont très contestables et sont les porteuses des pratiques qui transforment leurs fermes dans des laboratoires à l’échelle industrielle contrôlé par le numérique. Cela est due aussi au fait qu’ils se voient confrontés à des forces infiniment plus grandes qu’eux et les abîmes des problèmes écologiques, économiques, foncières, sociales, de culture, d’identité, etc. se foncent à les noyer. Les caprices de la nature font éducation surtout avec eux, qui sont les plus en mesure de donner des leçons de résistance, car leur survie, ne parlant pas de prospérité, dépend des cultures, qui dépendent des terres et du météo, qui dépendent des cycles de la terre en plein changement climatique. Eux sont ceux qui sont le plus confrontés avec les dégâts que l’humanité fait sur la nature et sur la planète.

De l’autre coté, parmi les citadins, les enfances des générations futures se passent dans l’appart en regardant avec obsession Harry Potter et la Reine des Neiges, complétés avec des jeux sur les appareils numérique qui préparent des hommes et des femmes possiblement incapables de comprendre le monde dans lequel ils vivent. Le numérique a des bienfaits qu’on reconnais tous mais il produit aussi du sédentarisme, du burn-out et un dégrée croissant d’indifférence à l’autre qui étouffe les relations entres les humains.

Le scénario du projet envisage que suite à la période du confinement due au corona virus les agriculteurs de Liège et des communes voisines forment un groupe de résistance contre les grands expansions sur les terres fertiles qui deviennent la valeur la plus importante à protéger suite a une forte prise de conscience sur l’importance de la nourriture qui sert du travail de ces terres. La communauté des agriculteurs est complétée par des spécialistes engagés comme les membres de l’association Urbagora, les organisateurs du festival Nourrir Liège, à la quatrième édition cet année, même des représentants locales et de la région qui se sont impliqué à réaliser la stratégie Manger demain pour la Wallonie. Ce groupe décide d’organiser une forme de manifeste  type ZAD par la radicalité pour attirer définitivement l’attention de la ville sur l’importance de la campagne et des terres pour le futur de l’agglomération.A Liège, l’histoire a engendré une véritable drame des sites pollués, qu’aujourd’hui sont à la recherche de reconversion et de dépollution. Dans le rythme avec lequel le commerce en ligne se développe (Amazon a un brevet depuis 2017 pour le transport des colis avec les drones), les parcs d’activités répandues comme les champignons après la pluie en bord d’autoroute pour desservir le plus grand aéroport de fret européen apparaissent dans un siècle vouées au déclin comme les sont aujourd’hui les friches industrielles construites sur les rives de la Meuse à partir du XIXème siècle. Refaire un sol pour lui redonner sa fertilité demande un effort gigantesque à mener par plusieurs générations et pour cela le choix d’urbaniser des terres fertiles s’avère un geste qui doit se faire avec beaucoup de précaution et la conscience que ces terres pourront priver de nourriture dans le futur des êtres humains.

On se questionne très peu sur une véritable conversion des sites industrielles et on continue de construire d’autres, très semblables, en consumant des sols fertiles pour les cultures agricoles mais on affirme vouloir sauver la planète. Le projet s’empare de cette hypocrisie pour là démasquer et pour cela il fait appel a une certaine radicalité, présente tant dans le scénario, dans l’implantation sur site et dans l’architecture.

A moins de 3 km du parc d’activités de Hauts Sarts se trouve la friche industrielle de Chertal ayant l’infrastructure nécessaire présente sur place et des généreuses surfaces disponibles pour construire sur des sols pollués. Dans le scénario du projet, cette friche est l’endroit où la quatrième expansion du parc d’activités se fera mais cette expansion ne fait pas l’objet du projet.Du coté est et ouest du parc d’activités il existe de terres agricoles à protéger. Le parc d’activités lui-même a des manques au niveau des espaces pour le piéton et le vélo mais aussi sur l’accessibilité depuis l’arrêt de Milmort. L’autoroute tranche le territoire et ensemble avec les routes qui desservent le parc se proposent comme l’unique possibilité d’accéder au travail. Les communes d’Oupeye et l’Hermée sont très fiers de la présence du parc mais du point de vue urbain n’ont pas une relation avec lui appart la traversée des routes et des quelques peu des habitants qui travaillent dans les entreprises du parc. Ces constats réclament des liens, autres appart ceux routiers entre les entités du territoire et, grâce à la barrière autoroutière le regard se dirige vers la vallée de la Meuse et le Canal Albert.

Pour introduire ces liens le projet fait appel au pastoralisme urbain. Le pastoralisme est une pratique agricole, lié à l’élevage des moutons, qui suppose le déplacement du troupeau pour trouver la nourriture. Il y a les grandes déplacements, appelés transhumance, qui s’effectuent le printemps et l’automne, et les petits déplacements qui s’effectuent autour de l’endroit où est fixée la bergerie. Cette pratique est flexible et provoque des changements douces c’est pour cela qu’elle est une de plus adaptable.
Liège est traversé par le fleuve Meuse qui sépare deux régions agricoles de la Belgique: sur le rive droit, le territoire de Condroz, avec un sol limoneux, fertile, spécifique aux plaines et sur le rive gauche le territoire de la Hesbaye avec un sol beaucoup plus façonné, spécifique aux collines. La pratique du pastoralisme est largement plus présente sur le rive droit mais cela n’empêche qu’elle soit présente sur les vallons secs de la partie gauche de la vallée du fleuve.

L’intérêt d’employer cette pratique n’est tant lié à la restauration d’une pratique ancestrale pour la rétablir parce qu’elle est en voie de disparition mais parce que cette pratique ouvre des possibilités hybrides dans la ville d’aujourd’hui.

Après la deuxième guerre mondiale, de manière plus évidente qu’avant, à l’aide de la présence de la voiture et de l’autoroute, la campagne et la ville se sont de plus en plus uniformisées et on perdu du caractère qui les faisait différentes. La ville recherche du vert, de la nourriture frais, d’un temps moins pressé par les différents buts à atteindre dans un temps donné etc. et la campagne recherche le progrès technologique, les habitudes sociales spécifiques aux citadins etc. Les deux entités se sont mêlés et elles continuent de s’inventer chaque jour. Pour cela le pastoralisme est devenu urbain, une alternative à la tonte de l’herbe mécanique mais une présence de l’ordre des cycles de la nature que la ville cherche plus où moins conscient. Proche de l’autoroute et vis à vis le Parc d’activités desservi par celle-ci, entre deux communes, entourées des terres agricoles, la présence des moutons n’est pas insolite, comme peut apparaître, mais normale. Il est nécessaire s’habituer à (ré)voir les animaux pour se rappeler qu’on mange de la viande qui n’est pas seulement un produit de supermarché mais elle provient d’un être vivant. Habiter et travailler dans des boites, nous devenons de boites intérieurement, bien fermés, bien indifférents. Cela permettra une ouverture vers les paysans producteurs, vers une nourriture plus saine, vers l’encouragement de ces gens qui restent trop lointains pour les écouter, les connaitre et les aider quand on à deux pas les super offres des grandes surfaces. Le projet trouve provocateur de poser à coté les grandes surfaces, n’est pas tant le cas du parc d’activités de Hauts Sarts, mais en descendant vers la vallée, un petit troupeau pâture la colline du fort et un point de vente des produits de la bergerie s’installe dans le parking des grandes surfaces situées dans le coin que fait l’autoroute et Canal Albert.

Le pâturage, peut s’effectuer de manière aléatoire, par exemple, dans le parc d’activités, voir les moutons, à la fin du boulot, après 8 heures devant l’ordinateur pourra être une manière de détente et acheter du fromage frais pour le dîner de la bergerie, économise un chemin des courses.

Parmi les moutons choisis, il y a une race adapté au sols dénivelés, en consumant de herbes moins riches, qui sont aussi adaptés à pâturer les espaces enherbés des terrains en friche. Pour cela, la friche de Chertal, réinvestie avec la quatrième expansion du Parc d’activités de Hauts Sarts et les surfaces de foret alluviale, parmi les seuls encore existants à Liège se prêtent à l’implémentation du pastoralisme. C’est n’est pas pour faire pastoralisme partout, mais pour lier de manière douce les deux partie du parc d’activités en commençant par les trajets de transhumance locale entre les deux. Reconstruire à cette occasion le pont détruit pendant la deuxième guerre mondiale sur le Canal Albert, lier les surfaces végétales présentes sur le site dans un grand parc qui permettra la baignade dans les eaux de la Meuse mais aussi la valorisation des bâtiments industriels existants, réinventer finalement la manière de construire un parc d’activités. Il est appelé parc d’activités, mais en le traversant on ne s’active pas, par contre on s’ennui à cause de l’uniformisation des ses éléments constituants et les activités que par sont titre prétend, sont emballés en boite. En plus souvent, les autorités affirment que c’est sur ces parcs d’activités que le futur des communes, de l’agglomération se base et plus direct, le futur se base plus sur l’argent, important, mais l’être humain reste derrière ce but principal.

Les terrains agricoles à l’étude pour l’expansion du parc ont de la priorité parce qu’elles ne sont pas encore construites et se situent vis à vis la première zone du parc. Ces arguments sont des arguments de type uniformisant – le plus proche, le moins cher, sans autre complication. Encore une fois un important dégrée d’indifférence pour la ville de point de vue urbain – les promoteurs de ces expansions déclarent seulement qu’ils vont offrir de l’emploi par ces entités urbaines mais non pas des espaces pour la ville, non pas des liens sociales etc. L’accent tombe à nouveau sur la partie économique et la manière d’agir s’approche de la logique du profit pour soi, mais ça tombe bien dans la déprise économique, quand trouver de l’argent semble la solution pour tous les problèmes. Très souvent la manque de l’argent est la cause de la manque d’intelligence dans les décisions prises or trouver la sagesse et la mesure dans ce qu’on fait préoccupe que très peu des gens.

Les terres agricoles qui deviennent le site du projet ne sont pas vues comme de surfaces de production, mais on échange le niveau de lecture par celui des surfaces vides de tout élément naturel, qui deviennent des surfaces abstraites, mathématiques où, de leur conception, la présence de la nature n’est pas prise en calcul mais de manière monofonctionnelle, leur liens avec les autres points de la constellation qui assure leur bon fonctionnement. Sur les terres agricoles, pas encore urbanisées, situées entre les communes de Oupeye et Hermée, il y a déjà deux parcelles avec des constructions à l’intérieur de leur périmètre qui ont déjà un certain temps depuis leur construction.

La ville poreuse, c’est la ville qui accepte la présence des pores dans son tissu et elle est capable d’en faire ville avec ces vides spatiales, non construits, des grandes dimensions qui s’entremêlent avec le tissu plus dense construit. La Belgique est un pays qui grâce à éparpillement des constructions sur son territoire prend l’aspect d’une grande ville poreuse, surtout en Flandre. Cet éparpillement prends ses sources dans l’histoire qui a façonnée ce territoire en commencent par une densité relativement grande des petits bourgs, en continuant par de politiques qui ont encouragée la population provenant du milieu rural de s’installer dans ce milieu et en même temps travailler dans la ville, pour donner au présent un territoire où construire, bricoler tout le temps, faire sa petite maison avec jardin est une normalité et une attente. Le contexte climatique actuel en échange n’est pas du tout lâche et oblige à ne plus laissez faire mais agir avec de l’intelligence. Les vides, pas encore occupés, deviennent des entités dans la grande ville poreuse belge. Se nourrir, se détendre, faire de l’agriculture, apprendre sur le fonctionnement de la nature etc. sont que quelques éléments qui dessinent les usages des vides, qui se mélangent à la ville.Dans ce cœur non-construit entre les communes, le territoire agricole est peu à peu capturé par l’urbanisation comme cette parcelle en plein chantier qui est la porteuse du mutation de ce territoire marqué par la beauté du paysage agricole.
Ce territoire était il y a un temps l’espace de la paysannerie, que pour certains à disparue et on ressentent cela plus fort en Occident. Il existe encore des éléments de paysannerie qui subsistent à nos jours mais ils sont souvent vus comme quelque chose de passéiste, sur lesquels on colle la critique que maintenant c’est beaucoup mieux qu’avant. Il y a des choses que maintenant sont mieux qu’avant, comme par exemple la facilité des transports, mais il y a des choses que sont pire qu’avant comme par exemple la qualité de l’air, des eaux, des sols qui n’étaient pas dans l’état de dégradation actuel, il y a deux siècles. La mesure et la sagesse recherchée au présent viennent parmi d’autre d’un calibrage d’échelle de la relation avec la nature et dans ce sens la paysannerie a des pratiques qu’aujourd’hui grâce à l’agriculture à l’échelle presque industrielle, sont oubliées mais qui ont une expérience prouvée pendant des millénaires et pas des décennies comme la plupart des pratiques contemporaines. Construire, mais aussi réfléchir que notre confort actuel peut représenter le grand inconfort des générations futures.En regardent les photos de ce territoire agricole en voie de mutation vers un territoire urbain ont constate qu’il à subi déjà des mutations qui l’ont défriché de variété et de richesse: pas des haies bocagères, pas des fossés, pas des murés, mais des grandes surfaces de culture. Les écosystèmes naturelles se caractérisent par une diversité des éléments et des relations qui construisent la pérennité de leur fonctionnement. L’agriculture ne peut pas éloigner trop de ce type de fonctionnement car en s’appuyant trop longtemps sur certaines éléments de maniéré singulière, comme par exemple sur la productivité du sol, après une période, en étant trop privé de la présence d’autres éléments qui l’aident se maintenir en forme, celui-ci se fatigue hors mesure et se détruit tant qu’il est impossible de se refaire. Le sol n’est pas séparé de l’ensemble des éléments avec lesquelles il participe au bon fonctionnement de tout l’organisme naturel or grâce au regard unidirectionnel et à la séparation il y a aujourd’hui tant d’érosion, de désertification, des nappes phréatiques saturées d’engrais chimiques.
On voit des arbres qui sont présents pour séparer les propriétés, pour faire ombre au bétail qui pâture sur certaines parcelles, mais pas pour faire ombre aux plantes or le sol a besoin de la présence des arbres et de leur apport à la productivité, non pas seulement par les jachères.Ces regards critiques déterminent le projet et son processus. La communauté qui met en oeuvre le projet s’organise d’après la manière de fonctionner des ZAD-es qui à leur tour empruntent certaines caractères de la paysannerie mais aussi des communautés religieuses: solidarité à l’intérieur de la famille élargie, activité fermière indépendante et à une échelle qui correspond au besoin de la famille, circuits économiques informelles, réseaux de charité, etc. La manière dont cette communauté se forme, son processus agglutination, ne représente pas le but du projet mais l’existence des ZAD-es confirment qu’elle n’est pas une chimère, mais une réalité qui n’est pas spécifique seulement au Notre Dame des Landes où autre site ZAD, mais partout où le milieu naturel soufre des agressions forts de la part des humains.
En premier, un grand cercle est dessiné sur le territoire qui sépare physiquement le projet de son contexte. L’appel à ceux ci se fait parce que peut-être seulement en tranchant plus franchement le territoire il peut demander d’être écouté jusqu’au but mais aussi parce que seulement par cette délimitation claire il peut commencer s’organiser différemment et dans une certaine mesure attirer l’attention que c’est différent et que ce différent est possible de se manifester.
Pour marquer le geste de finitude des expansions, de barrière franche, pour dire stop, c’est jusqu’ici, les dimensions du cercle choisi sont celles les plus grandes possible. Le dessin du cercle s’inspire des actes artistiques paysagères mais aussi de installation des villes romaines car il est tracé avec la charrue et retracé chaque année pour garder la mémoire. Les humains fêtent leur naissance, se rappellent de la date de la mort d’un proche, or ce ré-dessin de chaque année n’est pas un rituel, mais un rappel et une rencontre de la communauté autour de ses fondements initiales.

DIAPORAMA DES PHOTOGRAPHIES ET DES TEXTES QUI ONT ALIMENTES LA CONCEPTION DU PROJET

 

 

 

Inspiré par le projet de Dimitris Pikionis à Athènes, qui ré-utilise des blocs en pierre, le sol artefact s’installe sur deux parcelle pour former le lieu de rassemblent de la communauté et aussi le sol sur lequel sont construites les édifices qui l’accueillent et où prennent place les événements qui marquent la communauté. Les dimensions de ces objets, le coté du carré agora mesure 160 mètres, ont généré l’idée d’utiliser des grands blocs, plus faisables pour construire un espace des grands dimensions, pour desservir des grands rassemblements des personnes qui participeront aux travaux agricoles sur site, répondant aux appels faites par la communauté. Intuitivement fait, mais finalement générant l’idée de intégrer à coté la pierre, des blocs en béton suite au démolitions, ce sol dessiné en opus incertum, reprend l’idée de la formation d’une communauté, par des pièces, mais aussi traduit l’idée de agrandissement de l’urbanisation.

 

 

Grandeur et décadence d’un territoire de l’eau PFE

GRANDEUR ET DÉCADENCE D'UN TERRITOIRE DE L'EAU

Etienne BURET, Siméon GONNET, Simon METZ, Isidore SCOTT​

Projet de fin d’étude  2019/2020  

Sommaire cartographique des situations

VOYAGE EN ESPACES FLOTTANTS

Introduction

1. D'une impossibilité de rester à quai

Approche cartographique

Fig. 01 – Photographies d’arpentage​

En octobre 2019 nous nous sommes rendus à Manchester pour tenter d’établir les conditions d’un projet d’architecture sur le réseau hydrique du nord-ouest de l’Angleterre. Munis de cartes satellites et d’une littérature sur l’eau désormais relativement commune aux agences d’urbanisme des capitales européennes, nous présagions lors de notre visite l’émergence d’un champ lexical de la « porosité », capable de former autour de la question de la perméabilité des flux de ce territoire industriel une réponse aux grands enjeux de notre millénaire naissant. Mais aux 3D omniscientes et autres zones vierges de la cartographie numérique, ont rapidement succédé les lames d’acier galvanisé et les réprimandes de personnes  en costume. La protection de la propriété privée en Angleterre a de quoi décourager quand il est question pour nous, jeunes étudiants en architecture, d’explorer physiquement les vides fantasmés par satellite dans lesquels ont muri nos rêves de projets. La frontière invisible du capital s’affronte dans un rapport au corps et à son rejet. Ainsi s’effacent les porosités du territoire à mesure que s’érigent les murs d’acier de la propriété.

De ce constat il nous a fallu trancher : suivre le périmètre bien établi de ces nouvelles frontières qui ne cessent de fragmenter nos savoirs et de nous éloigner du quai, ou plonger définitivement dans les surfaces changeantes du fleuve Mersey  ; espace sans fondation où s’épandent les dangers de la dérive autant que les fantasmes de la possibilité d’une île, de l’existence d’un territoire à ne plus conquérir mais à vivre le temps d’un voyage.

Fig. 02 – Représentation polaire du bassin versant de la Mersey

Description

À l’Ouest, l’estuaire de Dee file en arabesque dans les estrans de la côte sauvage du Cheshire (1) quand l’estuaire de la Mersey perfore la ville de Liverpool (2). À cette même embouchure, la ligne inflexible du Manchester Ship Canal transperce le sol jusqu’a Manchester suivis de près par le Méandre du fleuve de la Mersey (3). À l’ombre des cargos intercontinentaux du chef d’œuvre de la navigation anglaise, les vestiges du Bridge Waters et du Leeds & Liverpool Canal laissent entrevoir leurs figures linéaires entre les flashs effondrés de l’industrie minière et le cloaque boueux des anciens chemins de hallages (4). Un combat du lièvre et de la tortue pour acheminer l’eau dans la ville mère du capitalisme : Manchester (5). Une eau comme matrice de l’espace marchand qui s’échappe finalement de la torture des digues, écluses et autres gazomètres de la cité industrielle pour venir s’éteindre dans les collines du Peak District Park où dorment les grands réservoirs des sources de Greenfield et de la rivière Etherow (6).

2. À nos illustres cartographes

Références littéraires

Abandonnant le mètre et l’équerre pour le sextant et la plume, c’est aux préparatifs méticuleux des grandes découvertes que doit se soumettre tout prétendant à l’architecture des territoires flottants. Mais oubliez ici les relevés altimétriques et les images aériennes, le géomètre-expert et le topographe ; c’est aux récits d’aventures et à la parole des marins en escale que se suspend l’imaginaire de ce nouveau sol édifiable. Aucune grille ni calendrier pour soumettre à ces mythes insulaires un quelconque ordre numérique. Aucune ancre pour enraciner sur nos plans les lignes et le mouvement du territoire dont nous aspirons à l’étude. Fidèle aux peintures de Stephen Lowry sur les rivages de la Mersey, c’est dans l’abstraction de ces horizons marins que s’engage la quête d’une terra incognita sur les voies intérieures de l’Angleterre.

Mais comment ne pas sourire à l’idée de mener conquête sur la propriété du plus grand empire colonial de l’histoire ? De découvrir sous l’œil constant des six millions de caméras qui étoilent le ciel britannique les contours d’une terre inexplorée ? C’est que le véritable angle mort des cartes de la reine ne se trouve pas dans les marges de son pays mais bien à son dos.

En faisant fi des représentations soi-disant objectives du territoire (cadastre, imagerie numérique) pour se laisser guider par la voix de ceux qui l’ont arpenté par les eaux, se dresse le portrait édifiant d’une Angleterre suspendue sur le fil du temps. Aux effluents chlorés des manufactures cotonnières qui occupaient déjà les visions dantesques de Tocqueville sur le territoire mancunien, ont succédé les microplastiques et les carburants ; aux étoffes et aux bijoux mécaniques de l’ère industrielle les valeurs changeantes de la spéculation boursière et des transports hors-sol. Pas même le maitre de l’anticipation George Orwell dans son pamphlet contre l’enfer des mines du nord-ouest de l’Angleterre n’aurait songé à un tel prophétisme de sa vision des classes laborieuses sur les quais du Bridge Water Canal. Oubliez la terre et son soi-disant progrès sur les cartes empilées, c’est aux sillons des eaux et canaux du Mersey que tout recommence et se finit sans cesse : 

« C’est au milieu de ce cloaque infect que le plus grand fleuve de l’industrie humaine prend sa source et va féconder l’univers. De cet égout immonde, l’or pur s’écoule. C’est là que l’esprit humain se perfectionne et s’abrutit ; que la civilisation produit ses merveilles et que l’homme civilisé redevient presque sauvage »

Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes : Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie, Paris, Gallimard, 1958, p. 78-82.

Aussi immuable que les astres ayant guidé il y a des siècles les caravelles de l’empire, c’est à la lumière tenace de cette littérature vagabonde que s’éclaire pour nous la voie de nos pérégrinations : sont demeurés, sur la matrice hydrique du nord-ouest de l’Angleterre, les contours d’un paradoxe immobile sur le seuil de l’Histoire, celui de la perpétuelle obsolescence de la doxa que nous nommons le progrès et qui chaque jour s’épand à l’horizon de nos conquêtes dans l’inertie de sa propre chute.

Fig. 03 – Références disposées sous forme de carte de navigation stellaire

Ivan Illich

Ivan Illich

(1926-2002)

Philosophe

 

H2O, Les eaux de l’oubli

Lieu Commun, Paris, 1988

« Je centre ici la recherche sur l’eau pour réfléchir sur une de ces conditions. Ce qui est en jeu, ce n’est pas l’eau en tant que produit de base, ni son gaspillage ou sa pollution ; ce ne sont pas non plus les conséquences écologiques de captations inconsidérées, ni les conséquences biologiques des déversements de produits toxique […] Certes, ce sont là des questions capitales, mais non dans le sens qui m’intéresse ici. L’eau dont je parle, c’est l’eau nécessaire au rêve d’une ville «habitable». p.29

« En 1842, un ancien collaborateur littéraire du philosophe Jérémy Bentham, Sir Edwin Chadwick, qui était membre de la Commission royale des lois sur l’assistance publique, présentait un rapport sur les conditions sanitaires d’existence de la population laborieuse de Grande-Bretagne. Lewis Mumford en a dit que c’était «un résumé classique de l’horreur paléotechnique ». Dans ce rapport, Chadwick imaginait la ville nouvelle comme un corps social dans lequel l’eau devait constamment circuler. Il fallait que, sans interruption, l’eau soit injectée dans la ville pour la laver de sa sueur, de ses excréments, de ses déchets. Plus ce flot est vif, moins il y a de poches stagnantes engendrant une pestilence congénitale, et plus la cité sera saine. A défaut de cette incessante circulation d’eau dans la ville – d’eau amenée puis rejeté – l’espace intérieur imaginé par Chadwick ne peut que stagner et pourrir. A l’image du corps humain et du corps social, la ville était à présent décrite comme un réseau de tuyaux. Plus leur débit était important et plus grandes étaient la richesse, la santé et l’hygiène de la ville. Harvey avait redéfini le corps en postulant la circulation du sang – Chadwick redéfinissait la ville en «découvrant» sa nécessité d’être constamment lavée.

Tout au long de l’Histoire, l’eau a été perçue comme la matière qui irradie la pureté : à présent, la nouvelle matière est H²O et la survie humaine dépend de sa purification. H²O et l’eau sont devenus des contraires : H²O est une création sociale des temps modernes, une ressource rare qui demande une gestion technique. C’est un fluide sous observation, qui à perdu la capacité de refléter l’eau des rêves. Le jeune citadin n’a aucune occasion de voir des eaux vivantes. On ne peut plus contempler l’eau mais seulement l’imaginer quand on regarde une goutte de pluie ou une humble flaque. » p.84

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George Orwell

George Orwell

(1903-1950)

Ecrivain, Journaliste

 

 

Le Quai de Wigan

Eric Blair, Londres, 1937

« Dans l’émission Réponses à vos questions, diffusée par la B.B.C. le 2 décembre 1943, George Orwell répondait ainsi à la question Quelle est la longueur du quai de Wi­gan, et qu’en est-il au juste de ce quai ? : « Eh bien, je dois avouer, au risque de vous décevoir, que le quai de Wigan n’existe pas. En 1936, je me suis déplacé tout exprès pour le voir – et je ne l’ai pas trouvé. Toutefois, il a bien existé un jour, et, si l’on juge par les photographies, il devait faire quelque chose comme sept mètres de long. Wigan se trouve au cœur du pays minier et, si l’on peut lui trouver certains attraits, ce n’est pas dans le pittoresque du lieu qu’il faut les chercher. Le décor est principalement constitué de terrils évoquant les montagnes lunaires, de montagnes de boue, de cendres et de suie ; pour une raison que j’ignore – il existe cinquante autres endroits qui ne valent pas mieux – Wigan a toujours symbo­lisé la laideur inhérente aux districts de grande industrie. Il y a eu, à une époque, sur l’un des petits canaux bourbeux qui enserrent la ville, un appontement de bois perpétuellement branlant. Un loustic trouva amusant de le baptiser Quai de Wigan. Le mot a fait son chemin, les chansonniers s’en sont emparés et c’est ainsi que se perpétue la légende du Quai de Wigan, démoli depuis longtemps.» p.7

Je me souviens d’un après-midi d’hiver dans ce sinistre décor des environs de Wigan. Tout autour de moi s’étendait un pay­sage lunaire de crassiers, et vers le nord, grâces aux «cols», si l’on peut dire, s’ouvrant entre les montagnes de scories, on apercevait les cheminées d’usine vomissant leurs panaches de fumée. Le chemin longeant le canal n’était qu’un magma de scories et de boue gelée, marqué en tout sens par les em­preintes d’innombrables galoches, et tout autour, jusqu’aux crassiers qui bornaient l’horizon, s’étendaient les flashes – ces mares d’eau croupie rappelant les emplacements des anciens puits effondrés. Il gelait à pierre fendre. Les flashes étaient couvertes d’une pellicule de glace couleur d’ombre froide, les mariniers étaient emmitouflés jusqu’aux yeux dans leurs gros manteaux, les portes des écluses portaient des barbes de glace. On se serait cru dans un monde d’où toute végétation aurait été bannie ; rien n’existait, sauf la fumée, les scories, la glace, la boue, la cendre et l’eau croupie.» p.136

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Gaston Bachelard

Gaston Bachelard

(1884-1962)

Philosophe

 

L’eau et les Rêves

Librairie José Corti, Paris, 1942.

Si la provocation est une notion indis­pensable pour comprendre le rôle actif de notre connaissance du monde, c’est qu’on ne fait pas de la psychologie avec de la défaite. On ne connaît pas tout de suite le monde dans une connaissance placide, passive, quiète. Toutes les rêveries constructives — et il n’est rien de plus essentiellement constructeur que la rêverie de puissance — s’animent dans l’espérance d’une adversité surmontée, dans la vision d’un adversaire vaincu. On ne trouvera le sens vital, nerveux, réel des notions objectives qu’en faisant l’histoire psychologique d’une victoire orgueilleuse remportée sur un élément adverse. […] C’est l’orgueil qui donne à l’élan vital ses trajets rectilignes, c’est-à-dire son succès absolu. C’est le sen­timent de la victoire certaine qui donne au réflexe sa flèche, la joie souveraine, la joie mâle de perforer la réalité. Le réflexe victorieux et vivant dépasse systématiquement sa portée anté­cédente. Il va plus loin. S’il n’allait qu’aussi loin qu’une action antécédente, il serait déjà machinal, il serait déjà animalisé. Les réflexes de défense qui portent vraiment le signe humain, les réflexes que l’homme prépare, fourbit, tient en alerte sont des actes qui défendent en attaquant. Ils sont constamment dynamisés par un vouloir-attaquer. Ils sont une réponse à une insulte et non pas une réponse à une sensation. Et qu’on ne s’y trompe pas: l’adversaire qui insulte n’est pas nécessairement un homme.

[…] La mer n’est pas un corps qu’on voit, pas même un corps qu’on étreint. C’est un milieu dynamique qui répond à la dy­namique de nos offenses. Quand même des images visuelles surgiraient de l’imagination et donneraient une forme «aux membres de l’adversaire», il faudrait bien reconnaître que ces images visuelles viennent en deuxième lieu, en sous-ordre, par la nécessité d’exprimer au lecteur une image essentiellement dynamique qui, elle, est première et directe, qui relève donc de l’imagination dynamique, de l’imagination d’un mouvement courageux. Cette image dynamique fondamentale est donc une sorte de lutte en soi. C’est par ses rêves que la volonté de puissance est la plus offensive. Dès lors, celui qui veut être un surhomme retrouve tout naturellement les mêmes rêves que l’enfant qui voudrait être un homme. Commander à la mer est un rêve surhumain. C’est à la fois une volonté de génie et une volonté d’enfant. Plus que quiconque, le nageur peut dire: le monde est ma volonté, le monde est ma provocation. C’est moi qui agite la mer. » p.182

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Élisée Reclus

Elisée Reclus

(1830-1905)

Géographe, Anarchiste

 

Histoire d’un Ruisseau

Actes Sud, Paris, 1995.

«Le ruisseau n’est pas seulement pour nous l’ornement le plus gracieux du paysage et le lieu charmant de nos jouissances, c’est aussi pour la vie matérielle de l’homme un réservoir d’alimentation, et son eau féconde nourrit des plantes et des poissons qui servent à notre subsistance. L’incessante bataille de la vie qui nous a fait les ennemis de l’animal des prairies et de l’oiseau du ciel excite aussi nos instincts contre les populations du ruisseau. En voyant la truite glisser dans le flot rapide comme un rayon de lumière, la plupart d’entre nous ne se contentent pas d’admirer la forme élancée de son corps et la merveilleuse prestesse de ses mouvements, ils regrettent aussi de ne pas avoir saisi l’animal dans son élan et de n’avoir pas la chance de le faire griller pour leur repas.


Mais les ruisseaux et les fleuves étaient jadis bien autrement riches en poissons qu’ils ne le sont de nos jours. Après avoir capturé dans l’eau courante toutes les proies nécessaires au repas de la famille, le sauvage satisfait laissait les milliers ou les millions d’oeufs déposés sur le sable ou dans les joncs se développer en paix. Grâce à l’immense fécondité des espèces animales, les eaux étaient toujours peuplées, toujours exubérantes de vie. Mais l’homme, que les progrès de la civilisation ont rendu plus ingénieux, a trouvé moyen de détruire ces races prolifiques dont chaque femelle pourrait, en quelques générations, emplir toutes les eaux d’une masse de chair solide. Dans son imprévoyance vide, il a même exterminé en entier nombre d’espèces qui vivaient jadis dans les ruisseaux. Non seulement il s’est servi de filets qui barrent la masse d’eau et en emprisonnent toute la population, il a eu aussi recours au poison pour détruire d’un coup des multitudes et faire une dernière capture plus abondante que les autres. Toutefois, les vrais pêcheurs, ceux qui tiennent à honneur de s’appeler ainsi, réprouvent ces moyens honteux de destruction en masse qui ne demandent ni sagacité, ni connaissance des moeurs du gibier. D’ailleurs, par un contraste qui semble étrange au premier abord, le pêcheur aime toutes ces pauvres bêtes dont il s’est fait le persécuteur, il en étudie les habitudes et le genre de vie avec une sorte d’enthousiasme, il cherche à leur découvrir des vertus et de l’intelligence; comme le chasseur qui parle des hauts faits du renard ou du sanglier, il s’exalte à raconter les finesses de la carpe et les ruses de la truite; il les respecte presque – comme des adversaires, il ne veut les combattre que de franc jeu et s’irrite que des braconniers indignes travaillent à en détruire la race. » p.141

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Laurence Stephen Lowry

Laurence Stephen Lowry

(1887-1976)

Peintre

 

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Lewis Carroll

Lewis Carroll

(1832-1898)

Romancier

 

Carte du capitaine Bellman dans La chasse au Snark (1876)

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Walter Benjamin

Walter Benjamin

(1892-1940)

Philosophe

 

Sur le Concept d’Histoire

Oeuvres III, Paris, Galimard, 2000.

« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès » p.434

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Alexis de Tocqueville

Alexis de Tocqueville

(1805-1859)

Philosophe, Sociologue

 

 Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie

Gallimard, Paris, 1958.

« Levez la tête, et tout autour de cette place, vous verrez s’élever les immenses palais de l’industrie. Vous entendrez le bruit des fourneaux, les sifflements de la vapeur. Ces vastes demeures empêchent l’air et la lumière de pénétrer dans les demeures humaines qu’elles dominent, elles les enveloppent d’un perpétuel brouillard ; ici est l’esclave, là le maître. Là, les richesses de quelques-uns ; ici, la misère du plus grand nombre ; là, les forces organisées d’une multitude produisent, au profit d’un seul, ce que la société n’avait pas encore su donner. […] Une épaisse et noire fumée couvre la cité. Le soleil paraît au travers comme un disque sans rayons. C’est au milieu de ce jour incomplet que s’agitent sans cesse 300 000 créatures humaines. C’est au milieu de ce cloaque infect que le plus grand fleuve de l’industrie humaine prend sa source et va féconder l’univers. De cet égout immonde, l’or pur s’écoule. C’est là que l’esprit humain se perfectionne et s’abrutit ; que la civilisation produit ses merveilles et que l’homme civilisé redevient presque sauvage » p.78-82

 

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3. Terre en vue

Aborder l'architecture

Aux démonstrations rhétoriques de nos cartographies conceptuelles demeurait à saisir l’incarnation spatiale de pareil phénomène dans une dimension propre à l’architecture. C’est sans surprise du côté de nos semblables expropriés que nous est naturellement venu l’objet de notre recherche : les bateaux.  Construction humaine destinée à flotter sur l’eau et à s’y déplacer, le bateau est généralement associé à l’imaginaire d’un moyen de transport malgré son inscription juridique dans la classe des « bâtiments » (on habite d’ailleurs souvent autant sur un bateau que l’on s’y déplace). Appareil clé du développement économique de l’Angleterre, il offre au travers de ses seules déclinaisons, le portait édifiant de l’histoire du Royaume-Uni et de ses traditions domestiques. De la cale sordide des navires négriers au XVIIIème siècle aux appartements somptueux du tragique RMS Titanic, aucun objet n’aura tant concentré le sentiment d’accomplissement du progrès technique britannique en même temps que de sa ruine.  Une ambivalence encore clairement lisible dans l’échantillonnage des vaisseaux que nous avons mené sur le territoire du bassin versant de la Mersey, et dont les sauts d’échelle ne sont que la juste traduction des disparités qui composent le paysage présent et passé du nord-ouest de l’Angleterre. Des vestiges des anciens canaux de Manchester devenus le refuge d’une misère sociale à l’ouverture béante de l’estuaire de Liverpool sur les villes-mondes des bateaux de croisière, l’eau et ses édifices dédiés sont devenus l’espace d’une pluralité de mondes coexistant sur un temps commun. 

Au projet d’architecture, nous n’ambitionnons ni la démonstration d’une ruine ni l’expression d’un vaisseau rédempteur. Parce qu’un paradoxe ne vise à offrir aucune solution unique mais bien plutôt à former des pistes de réflexion, nous soutenons l’idée que c’est dans l’exercice simultané de tous ces mondes que se fabrique aujourd’hui la richesse des métiers de l’architecture. Véritable médiateur des fantasmes du progrès technique autant que première responsable de ses abus, c’est aux compétences non contradictoires de rêveur déluré et d’acteur du réel que doit se fabriquer aujourd’hui le plus frugal des abris comme le plus ambitieux des monuments. En ne cédant ni à l’espoir d’une arche dans le miracle de la technologie face à la crise environnementale ni aux radeaux effondristes annonciateurs d’une fin du monde en chemin, nous naviguons à vue dans l’excitation et la crainte que se devrait de cultiver tout architecte des territoires flottants.

Pour que cette ambition ne demeure pas celle du monde abstrait de la mer et des étoiles, notre projet d’architecture se fonde ici en une constellation d’édifices faisant le lien entre notre univers conceptuel de la Mersey et les rivages bien réels du Greater Manchester et du Merseyside. À chacune des escales ainsi opérées sur la matrice hydrique du nord-ouest de l’Angleterre nous est apparu la concordance d’un ou plusieurs de nos vaisseaux avec un site que l’architecture serait à même de traduire. Des disparités, qui ont motivé notre étude de l’architecture navale anglaise, se reflètent dans nos projets, par la volonté d’adopter pour chacune de ces situations, une échelle, une posture au sol et des outils à la hauteur des différences qui composent déjà la mosaïque de notre flotte. En tirant les ficelles d’un avenir probable de ces quatre situations liquides du territoire anglais et en questionnant les fondations d’une idéologie fondée sur la notion de propriété du sol, nous entendons trouver sur les rivages de l’Angleterre l’espace flottant où se dévoilent aujourd’hui les conditions nouvelles de la pratique du métier d’architecte. Un monde sans téléologie où les fantasmes d’une île artificielle au large des docks de Liverpool n’expriment pas moins le grandiose ou la ruine que la réhabilitation fragile d’un petit port de pêche dans le cimetière à bateaux du village d’Heswall. Grandeur et décadence d’un territoire de l’eau.

MANCHESTER

Etihad Campus Marina
53°29’13.3”N 2°12’29.5”W

Situation grand territoire

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Référence littéraire

Fig. 04 – Voyage d’étude / Musée imaginaire

Manchester par la mer

C’est à la source du « plus grand fleuve de l’industrie humaine » que notre premier navire nous conduit : Manchester. L’ancienne ville manufacturière de coton et troisième port du Royaume-Unis au XXeme siècle possède en son cœur un système de canaux construit en simultané du développement urbain de la ville. Mais paradoxale illustration de la puissance économique et historique d’un pays, les canaux de Manchester sont aujourd’hui devenus les bas-fonds d’une misère qui se développe en contraste des gratte-ciels de la ville du dessus. Une strate inférieure ou stagne quelques bassins d’eau croupis et ou seul ronronne les quelques remous électrice de la municipalité. Seuls habitants de ces espaces : les quelques clochards venus trouver refuge à l’ombre des foules. Malgré des tentatives de transformer ces eaux calmes de la métropole en parcourt de plaisance pour les citadins, les limites foncières plombant les propriétés sur les rives des canaux ne laissent que peu d’espoir au développement piéton de ces infrastructures.

Le projet s’ambitionne ici comme un agitateur urbain, une ponctuation de projet destinée à remettre en fonction le réseau hydraulique de l’ancienne ville industrielle au moyen de ses premiers acteurs : les bateaux. Pour cela, nous avons identifié et développer sur les marges du système hydrique de Manchester une offre d’amarrage capable de relancer la circulation d’un flux dans la ville en s’appuyant notamment sur les infrastructures existantes du réseau comme les quais vacants de Pomona ou le gazomètre d’Ethiad. 

À une centaine de mètres du « theater of dream »  du football anglais, le gazomètre d’Ethiad peut se rêver ici comme une des marinas les plus tendances de tout le pays, offrant aux vacanciers comme aux riverains du nouveau quartier de Bradford les réjouissances d’une troisième mi-temps sur les berges de l’ancien canal industriel d’Ashton. Relativement simple dans ses interventions, le projet se résume pour l’ensemble à la déconstruction de la cloche télescopique recouvrant la profonde cuve de l’ancien réservoir d’Ethiad et à l’édification d’une écluse permettant de gravir les quelques mètres qui séparent le gazomètre des berges. Liant en amont l’Ashton canal dans une logique de vase communiquant par la construction d’un nouveau bief, la marina de Bradford et sa double écluse économise près de 60% de l’eau qu’elle emploie. Quelques programmes mineurs liés à l’activité d’un tel équipement et à l’articulation de cet objet avec son environnement sont également à dénoter. Une cale sèche, un espace de restauration, de vidange et de toilette à proximité du cylindre d’acier, mais également l’aménagement d’espace paysager et d’infrastructure de franchissement à proximité du parc en ruine de la rivière Medlock. 

Fig. 05 – Figuration projet S9

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Fig. 06 – Insertion urbaine

Fig. 07 – Photographies chronologiques du gazomètre de Bradford

Fig. 08 – Déroulement chronologique

INTERVENTIONS BÂTIES

Gazomètre & Espaces publics

Fig. 09 – Maquette 1/200

Fig. 10 – Plan Masse

Fig. 11 – Élévation longitudinale

PASSERELLE

Détails techniques

ÉCLUSE

Détails techniques​

QUAIS

Détails techniques​

WIGAN

Narrowboat Factory
53°32’30.8”N 2°38’29.3”W

Situation grand territoire

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Référence littéraire

Le Quai de Wigan

Wigan est une ancienne ville minière située à équidistance de Liverpool et Manchester. Sa position et ses ressources stratégiques l’ont rapidement transformé en plaque tournante du réseau de marchandise par canaux au début du XIXeme siècle entre Leeds et les deux villes phares de la région. En 1937, Wigan sert de décors à la diatribe d’un certain Georges Orwell alors en poste à la BBC venu visité les conditions de travail du milieu ouvrier anglais du milieu du XXème siècle. Cet ouvrage nommé Le Quai de Wigan demeure encore aujourd’hui l’unique vecteur de tourisme de cette ville érigée en martyr de l’époque industriel. Mais à notre grande surprise point de quai pour nos bateaux dans le récit de Georges Orwell. À la question « Ou est ce quai ? » dans une interview à la BBC en 1943, l’auteur répondait à ce sujet qu’ «au risque de vous décevoir, le quai de Wigan n’existe pas. Il y a eu, à une époque, sur l’un des petits canaux bourbeux qui enserrent la ville, un appontement de bois perpétuellement branlant et c’est ainsi que se perpétue depuis la légende du « quai de Wigan », démoli depuis longtemps

Reconstruire le quai de Wigan, voilà peut-être le dernier baroud d’honneur dont peut rêver la ville après sa victoire de la coupe d’Angleterre face à Manchester City en 2013. Profitant des dynamiques de régénération des berges du centre ville, le projet du Quai de Wigan s’envisage ici comme un chantier naval mettant en relation le passé chargé de ce bassin industriel avec son savoir-faire sidérurgique pour édifier des bateaux typiques de la région : les Narrowboat.

Installé à proximité de l’ancien terminal du Leeds Canal sur les vestiges de deux anciens édifices vacants, le chantier naval de Wigan profite ici d’une situation privilégiée de ses équipements a proximité de plusieurs aciéries d’envergure ainsi que d’un accès direct aux voies navigables pour y manutentionner ses pièces. Le projet, positionné au cœur d’un nouveau plan de réaménagement des berges et de restauration du patrimoine bâti du centre-ville, articule dans son parcoure un maillage d’espace public destiné a faire vivre le patrimoine vivant de la construction des navires au moyen de son exposition publique.

Fig. 12 – Photographies chronologiques de Wigan Pier

Fig. 13 – Voyage d’étude / Musée imaginaire

03 - Bâtis03 - Bâtis

Fig. 14 – Plan masse

Fig. 15 – Axonométries Scénarisées

SOMMAIRE
PLAN RDC - Bâtiment 1
PLAN RDC - Bâtiment 2
PLAN R+1 - Bâtiment 1
PLAN R+1 - Bâtiment 2

Fig. 16 – Plan d’usages

SOMMAIRE
COUPE TRANSVERSALE - AA'
COUPE LONGITUDINALE - BB'
COUPE DÉTAIL

Fig. 17 – Coupes & Élévation

Fig. 18 – Maquette 1/200

LIVERPOOL

LiverPeel
53°23’55.4”N 3°00’03.2”W

Situation grand territoire

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Référence littéraire

Fig. 19 – Références

Fig. 20 – Musée imaginaire

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Fig. 21 – Scénario du projet

Ce film met en récit le processus de fabrication d’une île artificielle fictive à l’embouchure de l’estuaire du Mersey par un groupe d’investissement majeur du nord-ouest de l’Angleterre. Mais plus que l’expression délurée d’une entité isolée du territoire, ce micro reportage entend trouver dans les fondations historiques de la relation de l’Angleterre avec la mer le terreau fertile à l’exécution d’un tel ouvrage. Ouvertement inspirée des villes flottantes du tourisme de croisière qui inondent déjà les quais de la ville de Liverpool, cette vidéo n’est que le fixateur d’une mégalomanie ambiante dont l’immobilité des cartes nous privent trop souvent d’une observation. Les montages de ce film ont été réalisés dans la combinaison de plusieurs dizaines de vidéos et documentaires récupérés sur internet ainsi qu’au moyen de plusieurs logiciels de modélisation 3D. L’ensemble de ces références sont disponibles ici. 

Fig. 22 – Coupe

Fig. 23 – Maquettes scénarisées

HESWALL

Netshop Revival
53°19’28.8”N 3°07’23.2”W

Situation grand territoire

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Référence littéraire

Dee End

À l’écart des tours de Liverpool et du littoral chic de New Brighton, l’eau quitte patiemment le sable dans les estrans sauvages de l’estuaire de Dee. Véritable refuge d’une grande variété d’oiseau migrateur et d’un abondant bassin de ressource aquatique, le Dee Estuary doit aujourd’hui faire face à la menace grandissante de l’étalement urbain qui presse ses côtes. Seul rempart contre l’envahisseur, le cadre associatif de quelques pêcheurs adjoint aux plaisanciers et amateurs de coque inquiets pour la pérennité de leurs activités. Au large du village d’Heswall commencent déjà à poindre les carcasses d’un cimetière de bateaux.

 

Dans ce territoire ou «la civilisation produit ses merveilles et ou l’homme civilisé redevient presque sauvage» laissons revenir la rudesse du vent marin, du sel et du clapot dans les rivages de Dee. Plus limité dans ses ressources financières que nos trois précédentes situations, ce projet s’appuie sur les dynamiques associatives et bénévoles de cette région pour penser l’architecture de manière conjointe. Se dégage de ces échanges l’édification d’un programme hybride d’espace communale (salle des fêtes / médiation touristique) et d’un petit port de pêche. Empruntant volontiers aux registres de  l’architecture vernaculaire comme aux nouveaux matériaux de la construction standardisés, les différentes installations de ce projet doivent trouver leurs fondations dans le terreau fragile du sable fin et de l’intelligence collective.

Fig. 24 – Photographies d’arpentage

Fig. 25 – Voyage d’étude / Musée imaginaire

GDTE_HESWALL_Insertion - AvantGDTE_HESWALL_Insertion - Après

Fig. 26 – Dessiccation des troncs  Insertion paysagère

Fig. 27 – Plan Masse

Fig. 28 – Plans d’étages 

Fig. 29 – Élévation longitudinale

Fig. 30 – Élévation transversale

Fig. 31 – Coupe détail

Fig. 32 – Détails d’assemblages

Fig. 33 – Maquette 1/100

Ditton Cross

Ditton Cross

Laurie Merciecca


I. Site et programme

Un enjeu de franchissement

En marge du tissus résidentiel périphérique de Liverpool et de la plaine agricole de la Greenbelt, le site du Ditton Cross est marqué par les grandes infrastructures de mobilité qui sillonne son paysage.

Comme on peut l’observer sur l’axonométrie paysagère, le lit de la rivière se heurte une des limites les plus importantes du lieu. Une butte de remblais traverse effectivement cette Greenbelt en soutenant la ligne de train de banlieue qui dessert les villes de l’entre deux métropoles. Un enjeu d’accessibilité se pose alors sur ce site.

L’intervention sur le chemin de fer fait partie d’un programme plus global de restructuration des lignes du Nord Ouest prévue par l’OLR. Cette organisation gouvernementale publique a repris la gestion de ces lignes lors de leur récente nationalisation qui fait suite aux déficiences de la compagnie privée Arriva qui s’en occupait jusqu’alors. Un budget spécial a été accordé à l’entretien des infrastructures et à la remise à niveau de lignes et de nouvelles dessertes. La construction du passage de la rivière à travers la butte de remblais offre alors la possibilité d’implanter une nouvelle station de train de voyageurs. Cette halte ferroviaire va profiter aux usages qui se développent le long du Ditton Brook, ainsi qu’à ceux plus proches, s’inscrivant dans l’épaisseur des tissus urbains et agricoles aujourd’hui peu desservis. Parmi eux, on retrouve sur le plan masse en figure 3 et plus largement en figure 1, les usages existants qui vont être valorisés, comme un étang de pêche de loisir, une ferme pédagogique et un lotissement de mobil-home. Un dessin de sols publics permet alors de mettre en relation deux niveaux de référence, celui des quais du chemin de fer et celui du niveau de l’eau. 

Un programme productif de distillerie de Gin profite de l’intervention plus conséquente de cette portion du parcours pour s’implanter et s’ouvrir au public grâce à la visibilité permise par la station de train. À l’interface de milieux agricoles et urbains, elle participe à l’évolution du secteur agraire régional en tirant partie de la plantation de bocages représentés en figure 4. Pour répondre à ses besoins de production, des arbustes de genévrier sont plantés dans les haies bocagères et le gain de productivité des cultures céréalières permis par l’agroforesterie permet de fournir l’orge, le blé et le seigle nécessaires à la distillation. Une serre au climat méditerranéen est également ajouté au programme afin de cultiver les botaniques sélectionnées pour entrer dans la composition du Gin que l’on peut retrouver sur l’herbier en figure 5.

La valorisation de ces différents programmes donne alors l’occasion d’établir un relais de mobilité. Les mobilités douces publiques, arrivant du Ditton Brook ou du tissu urbain au sud du site, croisent alors la ligne ferroviaire. On observe alors qu’un parking relais est implanté sur une friche en cours de renaturation. Un accès routier technique est également établie au nord du site, le reliant ainsi à une voirie existante qui rejoint l’autoroute un peu plus loin.

Fig 1. Axonométrie paysagère
Fig 2. Acteurs à l'origine du projet
Fig 3. Plan de masse

Fig 4. Principe d'un bocage productif

Fig 5. Botaniques produites dans la serre au climat méditerranéenne

II. Intentions architecturales et paysagères

Infrastructure paysagère et construction agricole

À la fois infrastructure et équipement, le bâtiment s’inscrit dans son environnement en suivant les lignes fortes du site. Les quais de trains s’installent le long de la voie ferrée. Ils sont posés sur un élargissement de la butte de soutènement existante qui est permise par la récupération des matériaux de remblais creusés lors du percement du pont. 

 

Le soubassement du bâtiment s’installe dans la direction de la rivière en élargissant ses berges pour offrir au public un rapport privilégié à l’eau. Il agit alors comme la pile d’un pont venant compléter la butte de remblais. En s’installant perpendiculairement à cette ligne ferroviaire surélevée qui forme aujourd’hui une barrière dans le paysage, le socle du bâtiment accompagne sur la longueur le franchissement de ce soutènement pour offrir différentes de qualités spatiales. On peut voir ces différentes séquences d’entrée sur le site sur les illustrations en figures 7 repérées sur l’axonométrie de la figure 6.

 

Sur la première illustration, on observe l’arrivée du public depuis le nord du Ditton Brook. Le socle se constitue progressivement. Il est d’abord annoncé par un muret, puis par une enceinte accueillant un jardin de plante où sont cultivées les botaniques plus résistantes au climat anglais. L’enceinte du jardin est constituée d’un côté d’une épaisseur maçonnée, où se loge des alcôves servant d’abri aux tables extérieures du bar de la distillerie qui sont illustrés sur la deuxième perspective. De l’autre côté, le jardin est protégé par la rampe d’accès aux quais de trains. Cette rampe, découpée dans le socle, peut s’observer sur l’illustration suivante et sur la coupe transversale de la figure 8. Elle monte le long du bâtiment de la distillerie offrant des vues à la fois sur la rivière en surplomb et sur les alambics Carterhead traditionnellement utilisés dans la fabrication du Gin. Si on revient sur l’axonométrie de la figure 6, on remarque qu’au Sud de la butte, la rampe d’accès est toujours découpée dans l’épaisseur du bâtiment, mais va venir prendre une autre forme. Elle s’enroule autour de la serre pour offrir une variation de paysages sur son parcours. Comme on peut voir sur la 4eme illustration cette rampe s’ouvre à la fois sur la serre, la rivière, et le grand paysage agricole. Elle permet d’aménager à mi-parcours un belvédère sur ce vaste tissus. Enfin, la 5eme illustration et la coupe transversale de la figure 9 illustrent plutôt les espaces d’attente liés aux quais de train. Ils vont se prolonger du niveau ferroviaire jusqu’au niveau de l’eau grâce à l’aménagement d’un parvi et d’emmarchement qui vient au plus proche de l’eau, et qui sera en partie protégé par le pont.

 

Le socle maçonné est ensuite surmonté en partie haute d’une charpente en bois, habitée par d’autres usages. La lecture infrastructurelle est alors hybridée avec l’écriture d’un édifice plus agricole induit par les usages de la distillerie et de la serre. Sur l’axonométrie plafonnante de la figure 10, vous pouvez remarquer que la charpente, en bois d’épicéa Sitka, est conçue selon un principe de portiques moisés. Cette technique nécessite une mise œuvre d’assemblages plus simples et permet une économie de matière par l’utilisation de sections plus fines, rendant ainsi possible l’emploi de bois massifs et limitant la consommation de colle et de résine polluante. Le soubassement exploite le réemploi d’agrégats de briques à travers diverses expérimentations sur la matière.. Un béton de brique, sablé sur les murs extérieurs, révèle la composition particulière de ce béton et constitue la structure verticale du socle. Les dalles de finition s’inspirent de la mise en œuvre de mortier de tuileau, appelé opus signinum par les Romains, et souvent utilisé comme revêtement imperméable. Cette technique traditionnelle donne également lieu à l’expérimentation d’un enduit intérieur vertical, constitué d’agrégat de brique et de mortier, et qui serait coulé entre le mur de béton isolé et une banche intérieure. Cet enduit coulé, est plus solide que des revêtements traditionnel, et va offrir une certaine pérennité face à des usages industriels pouvant provoquer des dégradations plus rapides.

Fig 6. Principe constructif et accessibilité

1. Arrivée depuis le Nord
2. Alcôves du bar depuis le jardin de plantes
3. Rampe le long de la distillerie
4. La serre depuis les quais
5.Cheminements en bord d'eau

Fig 7. Séquences d'entrée sur le site

Fig 8. Coupe transversale - Chambre de distillation

Fig 9. Coupe transversale - Montée vers les quais et descente vers la rivière

Fig 10. Axonométrie structurelle plafonnante

III. Fonctionnement et usages

Confluence de flux

La distillerie à la particularité de produire deux alcools, l’alcool rectifié servant de matière première à la deuxième distillation produisant le gin Gin final. Depuis plusieurs années, la production de cet alcool neutre à base d’un moût de blé, d’orge et de seigle, également appelé alcool agricole, était le plus souvent délocalisé pour des raisons économiques. Le retour de la production du gin sur son milieu agricole d’origine et la politique de relocalisation permet de renouer avec cette pratique.

On retrouve donc sur le plan niveau rivière de la figure 13, à l’ouest de la butte, les différents espaces de la chaîne de manutention, avec notamment : les chambres de fermentation et de distillation, l’espace de dilution et d’embouteillage. Cette chaîne vient se terminer au plus proche de l’accès routier technique. Le bar de dégustation, quant à lui, prend place à l’autre bout de cette chaîne, à l’ouest, pour pouvoir s’ouvrir dans le jardin. Entre les alcôves, on retrouve des espaces de stockages liés aux champs productifs. Des stock verticaux, qui vont plutôt prendre la forme silo, gardent au sec les céréales et tandis qu’un système se développant plutôt sur la longueur permet la réserve des baies de genévriers. Cette technique, inspirée des horréos galiciens, va permettre plutôt qu’un séchage au soleil à forte température, un séchage par une aération naturelle plus lente, qui est préconisé pour préserver l’arôme de ces baies. 

 

De l’autre côté de la butte, à l’est du plan, la serre botanique, que l’on retrouve également sur la coupe transversale en figure 15, profite du soleil du Sud Est pour être chauffée en partie haute et de l’inertie du socle maçonné pour stocker cette chaleur et garder le taux d’humidité nécessaire, suivant alors le principe des serres semi-enterrées traditionnelles.

Au niveau de la ligne ferroviaire en figure 14, le sol des quais publics se prolonge également à l’intérieur de la distillerie, offrant la possibilité d’établir une visite guidée de la distillerie. Ce parcours semi-public reste en surplomb des espaces de manutention ne perturbant ainsi pas la chaîne de production. Ce sol haut, est percé pour offrir la hauteur nécessaires à l’installation des colonnes des alambics, comme on a pu le voir précédemment sur la coupe transversale dans la chambre de distillation. Le bar, également, va se développer en double niveau pour profiter des vues et de la qualité spatiale apporté par le vide. Dans ce niveau de charpente, on retrouve des usages tels que des laboratoires de contrôle, d’élaboration de recette ou l’administration nécessitant une échelle plus domestique.

Pour conclure, l’ambivalence des façades longitudinales, que vous pouvez trouver en figure 16 et 17, permet de répondre à la diversité des paysages offerts par le site. Le rez de chaussé de la distillerie s’ouvre plutôt du côté nord en proximité avec les champs productifs, tandis que la rampe qui se dessine sur la façade sud permet de souligner le rôle infrastructurel du bâtiment.

Fig 11. Usagers du projet

Fig 12. Schéma de fonctionnement de la distillerie

Fig 13. Plan niveau rivière

Fig 14. Plan niveau ligne ferroviaire

Fig 15. Coupe transversale - Serre Botanique

Fig 16. Façade Nord-Est

Fig 17. Façade Sud-Ouest

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Maison de l’eau

La Maison de l'eau

Alix Helmreich

Le projet de la Maison de l’eau est une manière d’initier la nouvelle politique basée sur les ressources du territoire, c’est pourquoi une administration fait partie du programme de cet établissement. Elle a pour enjeu d’incarner ce renouveau.

En lien avec les interventions menées sur les rivières contaminées du territoire, la Maison de l’eau développe trois laboratoires de recherches abordant de façons différentes la question de l’eau pour soutenir la dépollution et la régénération de la biodiversité aquatique.

Les trois thèmes explorés sont l’irrigation, l’écocatalyse (science de la chimie verte, elle étudie principalement la dépollution des eaux par les plantes) et enfin la restauration des populations de poissons.

La Maison de l’eau se trouve à une étape clef du parcours cyclable et piéton établie entre Widnes et Liverpool car elle gère la rencontre entre la greenbelt et la ville de Widnes ce qui participe à une équité ville-campagne, enjeu relevé dans notre stratégie. Elle s’insère dans un tissu très hétérogène entre zone industrielle, zone résidentielle, zone agricole ou encore l’ancien site d’enfouissement de déchets devenu aujourd’hui un parc urbain.

Face à lui un parc d’expérimentation ; les aménagements liés à la recherche crée un paysage beaucoup plus réglé et organisé que l’espace naturel de l’ancien site d’enfouissement. Le parc d’expérimentation se développe autour de l’eau et tout le long du Ditton Brook.

Situation de projet et accès

Zone industrielle

Zone résidentielle

Zone agricole (Greenbelt)

Parc urbain

-ancien site d’enfouissement de déchets-

Fig. 1 Des tissus très hétérogènes

Le projet s’insère dans une longue histoire de représentation et d’archétype d’architecture politique que Raymond Queneau dénoncera comme “des monuments qui se veulent plus monumentaux que signifiants”.

Ici la signification, les formes, la matière et l’implantation vont être capitales dans l’architecture de la Maison de l’eau en commençant par les acteurs avec les investisseurs et les usagers.

United Utilities

Entreprise privée d’assainissement des eaux est soumise aux lois imposées par the Water Services Regulation Authority, le régulateur économique des secteurs de l’eau.

Promeut le développement de la recherche au sein de la nouvelle impulsion politique de la région

Pêcheurs

Encourage fortement la repopulation des rivières en poissons pour redynamiser l’activité de la pêche.

Volonté pédagogique et écologique

The Water Services Regulation Authority

Secteur public, représentant du gouvernement au sein de la gestion de l’eau.

Intégrer la nouvelle impulsion politique de la région, garantir une eau saine et privilégier le développement de la biodiversité

Fig.2 Investisseurs

Le public

Toute personne venant dans la partie public peut participer au débat pour la prise de décision concernant l’eau

Administration associée à la maison de l’eau & bibliothèque

Employé à la bibliothèque dite contemporaine et de l’administration de la gestion de l’eau

Chercheurs

Les différents chercheurs associés au trois grands thèmes d’expérimentation et de recherche :
-Restauration des populations de poissons
-Ecocatalyse
-Irrigation

Fig. 3 Usagers

Le parc d’expérimentation accueille des bassins, un détournement de la rivière du Ditton Brook et des serres dédiées à la recherche sur l’écocatalyse, et enfin des rivières artificielles pour la restauration des populations de poissons.

Au sein de ce grand parc public aménagé, le bâtiment le structure en deux axes principaux.

Chaque séquence d’entrée est marquée par la présence de l’eau, que ce soit par les deux petits ponts qui permettent aux cyclistes et aux piétons de franchir le Ditton Brook et d’être accueillis dans le parc par le détournement de la rivière ou encore les rivières artificielles.

Pour les conducteurs, le parking est dessiné afin de récupérer les eaux pluviales polluées par l’hydrocarbure dans des bassins d’écocatalyse. Les plantes s’occupent d’assainir les eaux avant leur infiltration dans le sol. Aires d’expérimentation et espaces publics s’entrelacent.

Le bâtiment s’implante à la croisée des flux pour intercepter, d’un côté, le public et les travailleurs provenant de la station “Ditton Cross” développée par Laurie et, de l’autre, les usagers venant en voiture.

Fig. 4 Plan masse interactif – Parc d’expérimentation public

Les laboratoires de recherches sont ici les piliers du pouvoir décisionnel. Chacun apporte sa contribution dans la gestion de l’eau par l’apport des connaissances qu’ils développent mais également par l’investissement de certains chercheurs dans le comité de d’administration.

Ces laboratoires ainsi que l’administration se développent dans deux parties maçonnées en béton de briques qui sont aisément identifiables sur les plans.

Certaines pièces d’expérimentation en milieux contrôlés doivent être complètement occultées de lumière naturelle. Cela permet le dessin d’un rez-de-chaussée exclusivement clos.

Fig. 5 Plan Rez-de-chaussée large et traits de coupe

Laboratoires d’irrigation et de l’écocatalyse

1/ Bassins écocatalyse milieux chauds
2/ Sas 
3/ Bassins écocatalyse milieux froids
4/ Vestiaires
5/ Laboratoire
6/ Espace de stockage
7/ Espace de stockage de mobilier pour l’espace public
8/ Laboratoire
9/ Salle des machines
10/ Sas
11/ Laboratoire technologique pour l’irrigation

Laboratoires de restauration des populations de poissons

1/ Bassin de suivi de poissons en réempoissonnement
2/sBassin de reproduction
3/ Ecloserie
4/ Nurserie
5/ Raceway (bassin à courant
6/ Bassin Scola7/
8/ Vestiaires
9/ Infirmerie

Fig. 6 Plan Rez-de-chaussée

Fig. 7 Plan R+1

Fig. 8 Plan R+2

Les façades de ces deux bâtiments sont travaillées par plis et replis des murs. Cela crée une réelle épaisseur programmée et constructive qui laisse place tantôt à des espaces pour inclure du mobilier tantôt à des creux pour accueillir les vitrages apportant de la lumière au R+1 pour les bureaux, les salles de laboratoire et les espaces de repos.

Ces zones vitrées feront l’objet d’un sablage pour laisser apparaître la granulométrie du béton de briques et donner 

un aspect rugueux dans le creusement du mur qui suggère l’épaisseur de la masse. Cela est renforcé par les ombres que vont créer ces plis sur la façade.

Ce travail de façade et de plan adopte un sens constructif, architectonique et programmatique qui confère un fort rapport au sol au bâtiment.

De haut en bas

Toiture zone stérile

– Couvertine
– Acrotère
– Relevé d’étanchéité
– Protection de l’étanchéité
– Étanchéité bicouche antiracines
– Isolant thermique
– Pare-vapeur
– Dalle en béton 20 cm

– Dispositif de séparation

Toiture terrasse végétalisée

– Petits ligneux
– Substrat élaboré
– Couche filtrante
– Couche drainante

– Étanchéité bicouche antiracines
– Isolant thermique
– Pare-vapeur
– Dalle en béton de briques 20 cm

Mur

– Mur en béton de briques 20 cm
– Isolation intérieure 15 cm
– Enduit à la chaux avec de la brique concassée 5cm

Dalle béton

– Dalle béton
– Film Polyane
– Isolation
– Hérisson graviers 20/40 mm
– Hérisson graviers 40/80 mm

Façade

Zone vitrée
– Béton sablé
– Soubassement de 40 cm permettant le développement de bancs en relation avec les espaces publics 

Mur béton 
– Béton de briques brut

Rigole
-Mur en béton creusé pour conduire l’eau de ruissellement de toiture dans une rigole au sol

Fig. 9 Détail et perspective des façades maçonnées

Fig. 10 Élévation Nord Est

Ces deux blocs maçonnés soutiennent une toiture qui les relie. Cette toiture en bois de lamellé collé est tridimensionnelle et autoportante. Elle repose uniquement sur deux murs très épais de 80 cm.

A l’aspect plus léger que les blocs maçonnés, elle a un rôle 

central dans la gestion de l’espace public, de l’administration et du fonctionnement même du bâtiment caril distribue tous les autres. Les deux axes qui se développent sur tout le parc d’expérimentation incitent également à passer par cet espace transitoire pour continuer sa route.

Fig. 11 Élévation Sud-Ouest

Fig. 12 Depuis le chemin de l’ancien parc d’enfouissement de déchets

Le travail d’une scénographie de l’eau est mise en place sur la façade qui fait front au jardin public. L’eau du toit s’écoule librement pour être récupérée par des bassins au sol. 

Ils font l’intermédiaire avec le stockage de l’eau dans des cuves enterrées, celle-ci directement réutilisée dans les dispositifs mis en place sur la parcelle.

L’espace abrité par la charpente est un espace totalement public et beaucoup plus traversant, que ce soit par la fluidité visuelle avec ses façades complètement vitrées ou son rôle de coordinateur des différents flux. Cela favorise les rencontres entre les différents acteurs. Sous ce toit se développe, au rez-de-chaussée, l’espace de débat public pour la gestion de l’eau et la cafétéria.

Fig. 13 Coupe transversale BB’

Cet espace principalement lié au débat public pourra accueillir de nombreux autres usages par la liberté organisationnelle du lieu. Il jouit aussi d’une grande hauteur sous plafond lui permettant de profiter de toute l’ampleur de la charpente.

Cette toiture est également dotée d’une ouverture zénithale pour bénéficier d’une lumière plus douce et crée des ombres qui mettent en valeur la charpente.

Fig. 14 Perspective de l’arène de débat public

A l’étage, seule la partie de la charpente se trouvant au-dessus de la cafétéria est habitée par une bibliothèque publique. 

Cette bibliothèque pourrait être qualifiée de contemporaine car elle serait plus basée sur de la matière numérique que sur un stockage de matière concrète.

 

Fig. 15 Coupe longitudinale AA’

Environ 44% des déchets produits par le Royaume-Uni sont dûs au domaine de la construction et de la démolition. C’est pourquoi nous profitons de l’abattage d’immeubles pour la récupération de briques. Après triage des briques, tous les morceaux plus ou moins gros seront ensuite concassés pour permettre la mise en œuvre de béton avec des agrégats de briques.

Le second matériau est le bois. C’est une filière qui essaie de se développer de plus en plus sur le marché de la construction au Royaume-Uni et qui est soutenue par de nombreuses associations. 

L’épicea Sitka présent à 80 % dans les forêts productives britanniques serait l’essence utilisée pour la réalisation de pièces de lamellés-collés. Les structures en bois recherchent un faible impact environnemental et une rapidité de mise en œuvre. Le bois est aussi valorisé pour ses capacités de stockage du carbone et son bilan écologique positif.

Fig. 16 Origine de la matière

Assemblage bois

1/ Étrier à âme tridimensionné
2/ Poutre sablière reposant sur sabot verrouiller par boulonnage 
3/ Arbalétrier à about décalé en pied
4/ Entrait
5/ Boulonnage encastré